Immigration: Nicolas Sarkozy reste inflexible

Mis à mal dans les sondages depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy a profité d’un « prime time » jeudi soir à l’Elysée pour s’expliquer devant les Français. Au final, rien ne change sur le fond. Il maintient le cap des réformes et ne compte pas changer sa politique en matière d’immigration, l’un de ses principaux chevaux de bataille. Malgré tout, les sans-papiers comptent poursuivre la grève jusqu’à l’obtention de leur régularisation.

Un an après, la désillusion est totale. Nicolas Sarkozy n’a jamais été aussi bas dans les sondages. Les lycéens, les retraités, les syndicats et aujourd’hui les immigrés sans-papiers, pour ne citer qu’eux, dénoncent sa politique. Selon une étude Ifop-Fiducial pour Paris-Match publiée mardi, seuls 28% des Français sont satisfaits de son action depuis sa prise de fonction. Cependant, 41% jugent son bilan positif en matière d’immigration. Pour redorer son image de « Président de tous les Français », M. Sarkozy s’est prêté au jeu des questions-réponses jeudi soir « en direct de l’Elysée ». Objectif : justifier ses réformes, s’expliquer sur les couacs et surtout rassurer. Au final, il maintient les réformes. Il reconnaît tout au plus « quelques » erreurs de communication. Mais son discours reste le même sur les questions de politique internationale et surtout d’immigration.

« Pas de régularisation globale »

Le gouvernement a dû réagir face au mouvement de grève enclenché par les travailleurs sans-papiers depuis deux semaines en Ile-de-France. M. Sarkozy a exclu toute « régularisation globale » des immigrés clandestins, expliquant que ce procédé « conduit à la catastrophe » et « provoque un appel d’air qui profite aux trafiquants ». Il blâme au passage l’hypocrisie des patrons qui veulent la régularisation de leurs employés et le coup médiatique de la CGT et de l’association Droits Devant ! (sans les nommer) qui coordonnent la grève des sans-papiers. « On ne devient pas Français parce qu’on travaille dans la cuisine d’un restaurant, aussi sympathique soit-il », ajoute M. Sarkozy. Mais il a bien confondu « naturalisation » et « régularisation ». Une belle bourde. Les procédures sont différentes : la première permet l’obtention de la nationalité, la seconde d’un titre de séjour. Jusque là, les salariés sans-papiers ne demandent pas d’être Français mais seulement d’être reconnus par la société française. Nombreux sont ceux qui depuis deux, cinq ou dix ans travaillent, cotisent et payent des impôts en France, comme l’ont expliqué les cuisiniers grévistes du restaurant Chez Papa.

Mais le président français n’entend pas les choses ainsi : « La fiche de paye ne vaut pas titre de séjour », assène t-il, avant d’ajouter qu’il a « toujours été pour l’immigration choisie. Je n’ai jamais défendu cette idée choquante de l’immigration zéro. » Mais la main d’œuvre française reste prioritaire, selon lui, expliquant qu’il y a « 500.000 offres d’emplois non satisfaites et encore 1.900.000 chômeurs en France » : « dire qu’il faut absolument chercher en dehors de nos frontières, une main d’œuvre (…) c’est un pas que je ne franchirai pas ». D’autant plus qu’il reste « 22 % » de chômeurs immigrés légaux en France, conclut-il sur ce sujet.

La mobilisation des sans-papiers s’intensifie

M. Sarkozy a clairement fait savoir que les régularisations se feront au cas par cas et seulement dans les secteurs où il manque cruellement de main d’œuvre. Les réactions ne se sont pas faites attendre sur sa prestation. Mais peu d’entre elles concernent le sujet de l’immigration. La gauche et les syndicats estiment que le président n’a pas répondu sur le fond de manière globale. Contactée par Afrik.com, Caroline Aubry, responsable immigration de la CGT (Confédération Générale des Travailleurs), « il ne connaît visiblement pas la situation des salariés sans-papiers ». Il est certain que le discours présidentiel ne fera pas taire les grévistes, déterminés à aller jusqu’au bout. Pour tous ces salariés, « la régularisation n’est que justice », déclare Mme Aubry. On évoque le chiffre de 200 à 400 000 immigrés sans-papiers ayant un emploi. « Depuis que les choses se savent, des centaines de salariés se sont fait connaître pour défendre leurs droits », assure la syndicaliste. Jusque là, quelques 800 dossiers ont été déposés dans cinq préfectures d’Ile-de-France selon Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration. « Un premier pas a été franchi » mais il reste fort à faire pour « combattre » la politique d’immigration jugée « discriminatoire et injuste » par Mme Aubry. Le mouvement continue de prendre de l’ampleur. Le 1er mai sera une journée test pour tous les salariés. Le gouvernement devra faire preuve de beaucoup d’imagination s’il veut convaincre du bien-fondé de sa politique…