Immigration clandestine : six morts au large des côtes gabonaises

Une pirogue transportant une soixantaine d’immigrés clandestins en provenance du Nigéria a chaviré dans la nuit du 17 au 18 juin au large des côtes gabonaises, dans la commune d’Owendo, dans une banlieue de Libreville. Bilan : 6 morts et 23 rescapés.

Le Gabon ne cesse d’attirer les candidats à l’immigration en Afrique. Mais l’issue de l’aventure est souvent fatale pour ces jeunes qui dépensent des fortunes, au risque de leur vie pour atteindre « l’eldorado gabonais ». Il y a trois mois, 41 immigrés clandestins venant de l’Afrique de l’Ouest ont péri sur les côtes gabonaises. Le drame à fait la Une des manchettes des journaux. Le nouveau drame de l’immigration révélé hier par la police, avec 6 morts et 23 rescapés, survenu dans la nuit du 17 au 18 juin 2013 fait ce vendredi la Une des deux quotidiens nationaux (Gabon Matin et l’Union).

Jeudi, la mer était encore entrain de rejeter les corps des noyés. Le bilan de ce naufrage risque de s’alourdir d’ici quelques jours. Et selon les témoignages des rescapés, plusieurs pirogues en partance pour Libreville ont quitté le Nigeria en même temps que leur embarcation.

L’identité des victimes n’est pas encore connue. Pour les 23 rescapés, on sait, selon l’enquête de police, qu’il s’agit de 2 Béninois, 2 Nigérians et de 19 Burkinabés. Tous ont déboursé chacun près de 500 mille francs CFA pour se payer la traversée.

Il y a deux jours, à une trentaine de kilomètres de Libreville, précisément au Cap Estérias, les éléments de la gendarmerie locale ont interpelé une dizaine d’immigrés clandestins, qu’un passeur nigérian venait de larguer au large des côtes. Tous provenaient de l’Afrique de l’Ouest.

Voyage coûteux et périlleux

Le voyage, racontent les immigrés clandestins « a été très long et difficile ». « Le passeur a pris à chacun de nous 350 mille francs CFA. Il nous a dit au départ qu’on devait voyager par bateau et a rassuré nos parents sur le fait que le voyage s’effectuera dans de très bonnes conditions. Nous avons été surpris à la dernière minute lorsqu’il nous a exigé de monter sur une petite pirogue », a confié l’un des immigré.

« Ceux qui ont refusé de monter dans la pirogue ont été sévèrement floutés à la machette. C’était trop difficile. Nous avons passé plus de 48 heures sans manger et sommes arrivés ici très fatigués », a ajouté un autre, demandant aux autorités gabonaises de le reconduire dans son pays, en collaboration avec son ambassade.

Interrogés par la police, les immigrés déclarent qu’ils venaient au Gabon avec la bénédiction de leurs parents, pour chercher du travail et de meilleures conditions de vie. Ils affirment avoir fait beaucoup de d’économie et de sacrifices pour arriver au pays d’Ali Bongo. Aujourd’hui entre les mains des forces de l’ordre, tous rêvent uniquement de retourner dans leurs pays, « surtout pas aller en prison au Gabon ».

Nécessité de lutter contre le chômage des jeunes en Afrique

Deux leçons sur ces drames de l’immigration : la première est il qu’il y a une nécessité pour les Etats africains d’ouvrir leurs frontières, afin de permettre au sein du continent la circulation des hommes et des biens. Il s’agit à ce niveau de la véritable intégration africaine dont rêvent les panafricanistes.

Deuxièmement, les Etats doivent investir pour lutter contre le chômage des jeunes et la pauvreté de façon générale. Quand les jeunes sortis des universités sont sans emplois, lorsque la faim commande les actes, on peut penser avec raison que « le soleil se trouve au-delà des frontières du pays ». Et se jeter dans la mer avec l’espoir d’une meilleure vie devient un acte héroïque pour les immigrés clandestins. Quand ils meurent dans la mer, pris au piège de l’aventure et des rêves peut-être démesurés, c’est aux hommes politiques qu’incombe la responsabilité de leur « suicide ». L’animal fuit vers la rivière quand la forêt prend feu.