Imane Ayissi conte son Afrique

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Le styliste et mannequin Imane Ayissi semble prendre goût à l’écriture. Après Histoires du soir, en 2006, un deuxième recueil de contes, Le silence du masque (aux éditions Les portes du soleil), où il rend hommage à l’Afrique des origines. Entretien.

le_silence.jpgDe la couture à l’écriture, il n’y a parfois qu’un pas. Un pas qu’Imane Ayissi, mannequin et styliste, n’a pas hésité à franchir. Après ses Histoires du soir, en 2006, le voici qui persiste et signe avec un deuxième recueil de contes : Le silence du masque, et autres contes africains, aux éditions Les portes du soleil. 25 contes africains. 25 façons de façonner une Afrique cousue dans l’imaginaire d’un couturier qui aime raconter des histoires, qui aime surtout les femmes, et aime par-dessus tout son Afrique natale, son continent, son port d’attache, sa source d’inspiration. Les collections thématiques du styliste camerounais sont souvent l’occasion de rendre hommage à une Afrique ancestrale, taillée dans l’ébène des rites initiatiques, sculptée dans les légendes oubliées et les pratiques païennes. Le silence du masque ne déroge pas à cette règle. A travers une écriture minimaliste, sans fards, l’auteur-styliste y célèbre son continent, ses richesses et ses cultures. Des récits où les femmes occupent le haut du podium. Il était une fois…

Afrik.com : Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Imane Ayssi :
Je pense qu’il faut absolument écrire. Nous avons un grand trou, un grand vide dans notre mémoire, nous ne connaissons pas assez nos richesses. Nous autres Africains, devrions écrire et se lire davantage. D’autre part, même si je ne prétends pas être écrivain, l’écriture m’attire, m’intéresse.

Afrik.com : Pourquoi avoir opté pour la structure du conte ? Est-ce le besoin de transmettre une morale, un message ?

Imane Ayissi :
C’est l’éducation. C’est vrai que c’est audacieux comme démarche. Mais je ne dis pas qu’il n’y a pas d’éducation dans ce que font les autres. C’est juste que je souhaite apporter ma contribution à l’éducation. Cela dit, tous les contes ne comportent pas une moralité. Il y a des contes qui ont une fin ouverte, ambigüe, qui laisse le lecteur se faire sa propre opinion.

Afrik.com : En guise d’introduction à chaque conte, vous racontez une histoire personnelle qui vous a inspirée l’histoire…

Imane Ayissi :
Oui, je voulais travailler différemment, dire les choses différemment. Il m’arrive parfois de vivre des choses exceptionnelles qui m’inspirent des histoires. Mais ce que je veux fait, c’est surtout mettre en avant l’Afrique à l’ancienne.

Afrik.com : Parmi ces contes, avez-vous adapté des légendes africaines ?

Imane Ayissi :
Pas vraiment, c’est plutôt de l’inspiration. D’ailleurs, pour rédiger ce livre, j’ai évité de lire tout ce qui existe déjà. C’est que j’ai envie de créer un monde issu de mon imagination. Disons que les légendes africaines me donnent des idées…

Afrik.com : On connait votre amour pour les femmes, votre envie de les mettre en valeur à travers vos collections. Or, dans le conte qui ouvre votre recueil, Le silence du masque, vous dépossédez les femmes de leurs beaux bijoux et leur refusez les portes du paradis…

Imane Ayissi :
(Rires) Ce n’est qu’une manière de voir les choses. Ça aurait pu être des hommes. J’ai écrit ce conte pour dire que nous sommes devenus trop matérialistes. Ce sont des femmes qui avaient tout, les plus beaux bijoux du monde, mais elles en voulaient toujours plus. Au point de chercher à fabriquer des bijoux avec des morceaux du ciel… C’est une réflexion sur notre quotidien, notre attachement au matériel. En voulant trop obtenir, on peut perdre beaucoup. C’est aussi une réflexion sur notre tendance à négliger les traditions.

Afrik.com : Confectionner une robe, écrire un conte, cela procède-t-il de la même démarche pour vous ?

Imane Ayissi :
Mon souci, c’est de toujours raconter une histoire. Dans ma dernière collection, Voodoo Mood, je raconte l’histoire des rites africains. Nous autres Africains, on connait les dieux de tous les peuples, nous avons toutes les religions : les catholiques, les bouddhistes, les juifs, les musulmans… Mais où sont les dieux africains ? Il y a bien eu des dieux africains ! Qu’on parle aussi des dieux africains ! Chacun est libre de choisir la religion qu’il veut, mais je constate que dès qu’on parle de certains rites africains, comme le vaudou, c’est tout de suite considéré comme de la sorcellerie. Dans cette collection, je rends hommage à tous les rites africains.

Afrik.com : Après deux livres publiés, comptez-vous continuer sur cette lancée ?

Imane Ayissi :
Oui, j’aimerais écrire encore mais pas mille livres hein (rires) ! J’écrirai, pour ce qui est du reste, on verra.

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Photo Imane Ayissi : Ernest Collins