Images du Sud cherchent écrans au Nord

Dans le cadre des journées  » Images du Sud « , organisées par RFO les 19 et 20 juin à Paris, plusieurs thématiques ont été discutées. La question de la place des images du Sud dans les pays développés a notamment été abordée par Dominique Wallon, président directeur général de l’Institut français pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles.

Même en l’absence de statistiques, de chiffres ou de données précises sur ce qui se dit du Sud sur les écrans – cinématographiques ou télévisuels – du Nord, une analyse est facilement envisageable. Celle de Dominique Wallon, président directeur général de l’Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles, est  » grave et inquiète « .

 » Nous pouvons constater une marginalisation croissante des images du Sud dans les pays du Nord et cela est évident pour le cinéma comme pour la télévision « , explique-t-il. Pour le cinéma, on ne peut pas à proprement parler d’un  » âge d’or  » du cinéma africain car la diffusion des films du Continent noir a toujours été plus ou moins variable et aléatoire. Pour autant, Dominique Wallon asssure  » qu’entre 1985 et 1995, le cinéma africain était fortement présent en France, connaissant souvent un succès public populaire « . Certains films pouvaient attirer entre 100 000 et 200 000 spectateurs et les grandes chaînes de télévision étaient encore disposées à les produire.

 » En 1991 à Cannes, six films de l’Afrique sub-saharienne étaient en compétition, ainsi que plusieurs films du Maghreb. En 2001, la moisson a été dramatiquement faible « , regrette-t-il. Les films africains font à présent une sortie symbolique et restent, au mieux, cinq semaines sur les écrans.  » Il faut l’esprit citoyen de certaines salles d’art et d’essai pour avoir une chance de voir ces films quelques mois après leur sortie « .

Le cercle vicieux de la sous-production

En ce qui concerne les images télévisuelles, elles sont quasi-inexistantes. En dehors de quelques documentaires et de chaînes comme TV5, CFI ou RFO qui reprennent des images d’Afrique faites par des Africains, le Nord fait très peu appel à des réalisateurs du continent pour tourner des sujets sur leurs pays. C’est alors  » le cercle vicieux de la sous-production « , explique Dominique Wallon.  » Le continent africain n’a jamais été organisé en tant que producteur d’images. La production n’est pas structurée. Sans production, pas de diffusion. Une situation dangereuse en ce qui concerne le cinéma africain, financé à 80% par le Nord.  »

L’enjeu pour le Sud est donc de s’émanciper du modèle actuel de production d’images, de produire des images en très grande quantité et de les faire remonter au Nord. C’est à cette condition que les images du Sud trouveront leur place dans les pays développés.