Ilot de résistance

Le Capverdien Henrique Teixeira de Sousa n’a écrit qu’un seul livre. Un domaine au Cap-Vert est un roman-référence, à la fois au niveau de l’écriture et du sujet traité. La décadence de la société de classes qui prévaut dans l’archipel dans les années soixante y est décryptée avec style. Incontournable.

 » Lui, Eusébio Medina da Veiga, fils cadet du dernier propriétaire par droit d’aînesse d’Ilhéu de Contenda, résisterait à la fièvre de fuir de Fogo. Il allait prouver qu’il était possible de rester.  » Rester sur cette île du Cap-Vert, battue par les tempêtes et à la merci d’une météo capricieuse mais aussi reconstituer le domaine familial morcelé, Ilhéu de Contenda, devenu Ilot de résistance. Résistance au vent du changement qui souffle sur l’archipel. L’histoire d’Un domaine au Cap-Vert se passe dans les années soixante : les anciens propriétaires terriens, issus de l’aristocratie portugaise, ne sont plus de ce monde et leurs héritiers vivent pour la plupart à Lisbonne.

Le patrimoine de cette élite s’effrite au fil des ans. Les derniers  » Blancs  » qui s’accrochent à leur bout de terre, comme Eusébio, doivent faire face à une nouvelle génération de mulâtres, classe montante bâtissant ses fortunes sur le commerce ou l’immigration aux Etats-Unis. C’est à travers le parcours de ses personnages que l’auteur capverdien Henrique Teixeira de Sousa décrit au scalpel les tensions entre Blancs et Noirs, les rivalités, les préjugés, les haines et les passions qui déchirent ce monde insulaire fermé.

Roman unique

Ainsi, Chiquinho, le fils qu’Eusébio refuse de reconnaître bien qu’il l’accueille sous son toit et le fasse travailler. Chiquinho, dont la mère, métisse, est partie depuis longtemps, se définit comme  » orphelin de père et de mère alors que les deux sont vivants « . Jeune homme à fleur de peau qui décidera lui aussi de prendre le large pour vivre son destin. Un domaine au Cap-Vert, écrit dans un style flamboyant, permet de saisir les rouages de cette société de classes décadente, abandonnée par Lisbonne. Le romanesque et l’historique s’entremêlent, sur fond d’épopée sentimentale.

Clin d’oeil de l’Histoire, la dernière page de ce roman emblématique a été écrite le 24 avril 1974. A la veille de la  » Révolution des oeillets  » qui ouvre la voie de la décolonisation (le Cap-Vert est indépendant en juillet 1975). Un domaine au Cap-Vert est l’unique roman de Henrique Teixeira de Sousa, né sur l’archipel en 1919 et médecin de formation. Adaptée au cinéma en 1996, cette magistrale fresque familiale est aussi le premier long-métrage capverdien jamais réalisé.

Commander le livre : Un domaine au Cap-Vert de Henrique Teixeira de Sousa, éditions Actes Sud.