« Il ne faut pas confondre la danse du ventre et la danse orientale »

En ouvrant son école de danse orientale, Yasmina Louati a décidé de renouer avec ses racines algériennes, mais aussi de faire découvrir à tous la noblesse de cette discipline où le corps trouve à la fois sa grâce et son maintien.

Afrik.com : Quand avez-vous commencé la danse orientale ?

Yasmina Louati :
Il y a dix ans, l’envie m’est venue de renouer avec mes origines algériennes et j’ai pensé que la danse orientale serait une façon de me réapproprier un peu de la culture de mon père qui est arrivé en France à la fin des années 50. En 1992, j’ai eu la chance de croiser Marouschka, une danseuse exceptionnelle d’origine manouche qui m’a enseigné une pratique noble de la danse orientale.

Afrik.com : Qu’entendez-vous par « une pratique noble » ?

Yasmina Louati :
C’est une approche très différente de ce qu’on appelle communément la danse du ventre ou encore le cabaret. La danse du ventre n’exige pas de la femme qui danse qu’elle soit une danseuse. Elle lui demande simplement de savoir se déhancher, de préférence de façon lascive, onduler et accessoirement de trembler, souvent dans le costume le plus déshabillé possible. La danse orientale est beaucoup plus diversifiée et, à mon avis, beaucoup plus intéressante. Tout d’abord, il s’agit d’une discipline basée sur un principe strict : l’isolation, c’est-à-dire la capacité à ne mouvoir qu’une seule partie du corps tandis que le reste demeure immobile. Elle demande d’acquérir un maintien, un équilibre corporel et des appuis sûrs. C’est une danse joyeuse et grave qui fait travailler autant les muscles que la mémoire et l’appréhension de l’espace. C’est un art qui demande, comme tous les arts, des années de pratique, de travail et d’efforts.

Afrik.com : Qu’est-ce que la pratique de la danse orientale représente pour vous ?

Yasmina Louati :
D’abord un entraînement quotidien. Elle est devenue partie intégrante de ma vie, au point que je reste rarement plusieurs jours sans danser. Elle me permet d’entretenir une souplesse musculaire car elle tonifie et muscle en profondeur, d’éliminer un grand nombre de tensions et de me sentir profondément vivante. Elle me fascine par sa capacité à faire évoluer mon corps : au fur et à mesure des années, j’ai vu mes mains devenir souples, mon dos se redresser, mon buste se délier, mon bassin prendre de la force… Elle m’a aussi permis de mieux accepter mon corps, de mieux l’aimer.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous décidé de créer votre école de danse orientale ?

Yasmina Louati :
L’idée de créer mes cours est venue d’abord du besoin d’opérer un virage professionnel – je viens de la communication et l’audiovisuel – en quête de sens. A travers la danse, je travaille ma propre incarnation, c’est à dire ma capacité à habiter mon corps, et, en choisissant la voie de la transmission, j’aide d’autres femmes à travailler la leur. Ce qui me semble très important à une époque où le corps vivant est de plus en plus effacé au profit de l’image du corps, que j’appelle le corps plastique.

Afrik.com : Sur quoi votre enseignement est-il fondé ?

Yasmina Louati :
Sur deux axes : le premier consiste en un travail corporel intérieur. Je donne des indications destinées à faire prendre conscience de son corps à travers des exercices de danse et c’est un travail de longue haleine. Le second est un principe de plaisir, indissociable de la danse orientale, danse festive par excellence. On travaille sérieusement tout en s’amusant. Les cours se déroulent de la façon suivante : un échauffement assez long pour préparer tout le corps à la danse, des exercices face à la glace, des déplacements et enchaînements pour terminer par des tremblements ou des improvisations et, enfin, des étirements.

Afrik.com : A qui s’adressent vos cours ?

Yasmina Louati :
Aux femmes adultes de tous les âges ayant envie de s’occuper de leur corps en s’amusant. Il n’est jamais trop tard pour commencer cette danse parce qu’elle n’est pas violente. Elle ne traumatise pas le corps, elle aide au contraire à en respecter l’intégrité. Elle peut donc se commencer à n’importe quel âge. Ensuite, elle accepte tous les corps, qu’elle change de façon subtile et en douceur. La danse orientale ne fait certes pas maigrir, bien qu’elle soit un exercice physique à part entière, mais elle ré-harmonise tranquillement les corps qu’on lui confie.

Afrik.com : Quels sont vos liens avec l’Afrique ?

Yasmina Louati :
Mon père est Algérien d’origine, de la région d’Alger. Il était tout jeune quand il a quitté son pays pour venir en France, au tout début de la guerre d’Algérie. Il a tout fait pour s’intégrer, au point d’en oublier sa culture et sa langue. Et pourtant, moi, sa fille, bien avant de prendre des cours, en entendant de la musique arabe, je me suis mise à danser comme une arabe… C’est beaucoup plus tard que je me suis aperçue qu’il m’avait légué souterrainement une partie de cette culture qui vit maintenant en moi à travers la danse. Je ne connais pas encore l’Algérie (alors que je suis allée à plusieurs reprises en Tunisie et au Maroc) mais j’ai la ferme intention de m’y rendre prochainement.

 Yasmine LOUATI

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