Il était une fois dans l’oued

Il était une fois dans l’oued, le dernier film de Djamel Bensalah, raconte l’histoire d’un jeune Français qui se prend pour un Algérien et rêve de s’installer au bled. L’occasion pour le réalisateur franco-algérien d’évoquer une culture et une société qu’il connaît bien, et de retourner en Algérie…

Il était une fois dans l’oued…c’est un peu la ballade de Johnny. Petit Blanc de la cité Paul-Eluard qui se fait charrier par ses potes parce-qu’il aime les « filles à l’ancienne » (comprendre « rondes »), attention : Johnny tourne en rond… On est en 1988 et à quelques jours des départs en vacances, ses copains retournent au bled en famille. Lui, s’est inventé des racines algériennes et rêve de partir pour Djazaïr. Attention : Johnny tourne pas rond… C’est Julien Courbet qui interprète ce doux dingue fou d’amour pour l’Algérie. Dans les autres films de Djamel Bensalah, Le Raid (2001), il jouait déjà Kader, un petit Blanc qui se prenait pour un arabe, comme dans Le Ciel… les oiseaux et ta mère ! (1999).

Cette fois-ci, il va encore plus loin dans la logique, campant Johnny Leclerc, né de mère normande et de père alsacien, qui a décidé de s’appeler Abdel Bachir, fait le ramadan et adore la chorba. Il analyse son personnage : « Pour moi, ce n’est pas un mytho : il est algérien dans sa tête, point. C’est ce genre de folie naïve qui m’intéressait. Je me sentais bien dans ce personnage. Dès que je suis arrivé en Algérie, plein de choses sont venues spontanément. Je me suis imprégné du climat du pays. Faut dire que mon père est français mais ma mère est mauritanienne et musulmane, ça m’a un peu aidé. Je connais la culture du Maghreb, j’ai de la famille berbère au Maroc, c’est un avantage. On croit que je suis un pur français, en fait pas du tout. »

Rire avec l’Algérie

Johnny, prêt à tout pour réaliser son rêve, s’incruste avec la famille de son meilleur ami, Yacine, pour partir au bled. Sur le bateau qui l’emmène à Alger, il rencontre Nadège, « fille à l’ancienne », qu’il rebaptise illico en Najet. Attention : Johnny veut lui plaire. Une fois sur place, il est comme un poisson dans l’eau. C’est à travers son regard émerveillé que le spectateur découvre l’Algérie de la fin des années 80. « Ce film n’est pas réalisé par quelqu’un qui connaît l’Algérie, je n’y avais pas remis les pieds depuis plus de 15 ans. Je connais mieux Biarritz ! », avoue le réalisateur. « Mais grâce à mes origines, j’ai certaines clés pour comprendre et raconter ce pays. Mon pari, envers le public, c’était de parler de l’Algérie et de pouvoir enfin en sourire avec lui ! C’est aussi pour cela que le film se situe en 1988, c’est-à-dire durant le dernier été tranquille, avant les douze ans de guerre qui ont déchiré le pays. »

Djamel Bensalah multiplie les clins d’œil, notamment au look des années 80, et distribue de nombreuses participations jubilatoires comme celle d’Eric et Ramzy, en vendeurs de fringues zélés. On pourra reprocher une certaine naïveté au film en général mais elle colle avec la personnalité de Johnny. On pourra aussi trouver des clichés, sur la famille maghrébine et sur l’Algérie, mais la vision de Bensalah n’est jamais dénuée de tendresse. Le scénario est directement inspiré du groupe de rap 113 et de son tube « Tonton du bled ». Djamel Bensalah, réalisateur, scénariste, et producteur exécutif, est né en 1976 à Saint-Denis de parents algériens et avoue s’être inspiré de ses souvenirs et de son expérience pour écrire son film. Il a réalisé deux longs-métrages, [Le Ciel, les oiseaux et… ta mère !] (1999) et [Le Raid] (2002). « Moi je suis français, c’est certain. Mais l’Algérie fera toujours partie de ma vie, et de celle de mes enfants… Mon esprit a été façonné par la France, mon cœur, sculpté par l’Algérie. Ma vie, elle, se fera sur le pont que tous les immigrés ont construit entre ces deux pays. Je suis fier d’être français d’origine algérienne. »

 Il était une fois dans l’oued de Djamel Bensalah, sortie française le 19 octobre 2005

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