Huis clos nocturnes au Cap Vert : les nouvelles de Gonçalves

Antonio Aurélio Gonçalves est un auteur intime et placide. Il place sa lampe dans l’intérieur des maisons du Cap Vert, et ce qu’elle éclaire doucement, sans dureté, sans éclat, c’est l’âme de ceux qui y vivent. Peu de cris, peu de joie aussi : le quotidien, tissé de petites déceptions et de petites satisfactions, et soudain, le regard rétrospectif jeté sur le temps passé et sur le sens de l’aventure.

Chacune des nouvelles qui composent ce recueil retient sa sagesse et sa morale, comme on retient la dernière goutte, la dernière bouchée, l’effacement d’une saveur. Antonio Aurélio Gonçalves aime les femmes, et il les écoute, les comprend, les suit. C’est ici une conversation un peu nostalgique entre deux vieilles amies, qui ne sont plus très sûr, au déclin de leur vie, de ne pas s’être trompées, sur elles mêmes et sur leurs maris :  » Tudinha, il n’existe pratiquement pas de ménage que l’on puisse dire heureux. Tous les jours, cette idée me trotte dans la tête -qui l’aurait dit ? Il doit y avoir une erreur terrible dans notre vie à tous.  »

Une erreur terrible : l’aveuglement sur soi, sur les autres, la recherche d’autre chose que ce que l’on a, ou que l’on peut avoir, la volonté de bien faire, et puis le temps qui passe, et l’impossibilité de revenir en arrière pour réécrire cette destinée manquée que l’on a toute entière derrière soi… Et comment justifier cet étonnant sentiment d’un ailleurs possible, auquel on a renoncé ?  » Le fait est que je suis du Cap Vert…, c’est avec les Cap-Verdiens que je dois vivre. Avec qui d’autres ?  » Les héros de Gonçalves savent bien qu’il n’en va pas autrement sous d’autres cieux, que leur existence y connaîtrait les mêmes limites.

Rien n’est grave

Et comment s’arracheraient-ils à ces paysages familiers ?  » L’après-midi, des nuages noirs marquent leur point de rencontre sur le Monte Verde. Ils s’accumulent au sommet puis descendent en s’étirant le long de la muraille en de longues franges pointues. Sous l’effet de la brise commence une longue migration de monstrueuses formes noires sur le rebord du ciel de Mindelo. Elles s’attardent, voltigeant sur Fonte de Filippe comme une frise de deuil, et naviguent ensuite à la recherche du Monte Cara. Parfois, un rai de soleil couchant les happe, les défait de leur couleur d’encre bleu foncé, les repeint en or, rose, et leur arrache les plus beaux effets.  »

De cette nature toujours présente, de cette nuit et des rencontres qui s’y nouent, Antonio Aurélio Gonçalves sait tisser les jours de ses personnages, traçant des destins rapides comme des esquisses de bonheur, toujours fragiles, toujours incertaines. Rien n’est très grave, la vie se passe, ce qui devait arriver se produit, le reste non. La nouvelle se termine.

Elles sont courtes, mais à chaque fois elles résonnent longuement en nous : de sorte qu’on a du mal à se détacher de ces histoires simples, et de leur féroce parfum de réalité.

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SEPIA, 1996 pour la trad. française, Institut Capverdien du Livre, 1985, pour l’édition en portugais,  » Noite de vento « .