Honneur à Nacer Kettane

Le fondateur de Beur FM et de Beur TV, la chaîne Méditerranée, a reçu vendredi 19 décembre au soir les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur des mains du ministre français de la Culture Jean-Jacques Aillagon. L’occasion d’une mise au point sans concession.

Nacer Kettane : chevalier de la Légion d’Honneur. Une distinction de choix pour le fondateur de Beur FM et de Beur TV. L’homme de culture a été décoré, le 19 décembre dernier, des prestigieux insignes français, remises par le ministre de la Culture, au nom du Président de la République. Egalement homme de conviction et de combat, il s’est fendu dans son discours d’un parler vrai, quelque peu détonant dans le cadre doré du Palais Royal. Un discours, à la fois fier et émouvant, loin des palabres usuelles et des paroles convenues.

« Enfant de la République, j’ai très tôt choisi ma France, celle de la Déclaration des Droits de l’Homme, de la Constituante, de la Commune, des Brigades internationales, de la Résistance, et celle qui s’est engagée dans les mouvements de décolonisation »…

Valeurs familiales

Il faut dire que Nacer Kettane a bu ses engagements avec le lait maternel et c’est logiquement à ses parents qu’il dédie sa médaille : « A ma mère qui a échappé au napalm de la guerre d’Algérie et qui, transplantée dans une société occidentale agressive à bien des égards, a élevé malgré toutes ses souffrances ses dix enfants avec dignité et fierté. A mon père, soldat de la France Libre contre l’occupant nazi, puis militant du FLN pour l’indépendance de l’Algérie, qui a brûlé sa peau et ses plus belles années dans les usines de France, pour garantir à ses enfants une vie décente. »

La fidélité de Nacer Kettane à ses origines rend d’autant plus puissant son combat pour les valeurs de la France. S’il estime que les Français d’origine maghrébine sont « des ambassadeurs de l’exemple français » parce qu’en véhiculant leur histoire et celle de leurs parents, ils rapprochent les deux rives de la Méditerranée », il sait pourtant bien que la majorité des populations immigrées originaires du Maghreb n’est pas encore complètement intégrée. « Force est de constater que le gros de la troupe est relégué au rayon des ombres menaçantes. Intégrismes, terrorismes, communautarismes, islamismes, font partie des quelques épithètes à la mode dont on affuble ceux qui sont censés menacer la paix civile, le jambon beurre et la messe du dimanche matin… » Or « la France du XXIème siècle a déjà changé. La France virtuelle doit céder la place à la France réelle, celle qui lui donne ses couleurs et ses chances pour l’avenir. » Et « dans ce contexte, les médias, le cinéma, et toutes les productions culturelles, portent une lourde responsabilité : celle de réconcilier la France avec elle-même et avec ce qu’elle a toujours défendu. »

Pont entre deux rives

C’est par sa fidélité à ses origines et aux valeurs qui le guident depuis toujours que Nacer Kettane donne à son engagement toute sa force. Il a prouvé depuis plusieurs décennies que la radio pouvait constituer ce lien indispensable entre une communauté, ses origines et son avenir… Et c’est avec le même enthousiasme que Nacer Kettane entraîne aujourd’hui ses équipes sur les voies difficiles de l’audiovisuel. Prouver qu’il est désormais possible d’éditer une chaîne de télévision qui soit un lien entre les deux rives de la Méditerranée, qui rende sensible cette réalité humaine et géographique à la fois : Alger, Tanger, Tunis, sont plus proches de Marseille, de Rome, d’Athènes et de Barcelone que New-York ou Moscou.

Comprendre aujourd’hui cette communauté de destins qui s’incarne dans autant d’aventures humaines, c’est trouver la voie originale qui peut permettre à deux continents, l’Afrique et l’Europe, d’inscrire un destin commun dans l’espace mondialisé du vingt-et-unième siècle. A condition de faire partager largement les valeurs de la République : la loi commune, démocratique, respectueuse des diverses cultures, passe avant la foi religieuse et les préférences communautaires… Une leçon en ces temps de haines renouvelées et de régressions identitaires.