
Décédé le 11 juillet 2026 à Paris, Jean-Paul Pigasse, était né le 26 juillet 1939 à Toulouse. Journaliste français, Jean-Paul Pigasse est issu d’une famille dont l’histoire est liée à celle de la presse française régionale, dans laquelle elle compte depuis plusieurs générations de nombreux journalistes. Il fut au cours des trente dernières années, un entrepreneur avisé des médias d’Afrique centrale, acteur engagé dans la promotion du paysage médiatique et institutionnel congolais!
Jean-Paul Pigasse commence lui-même sa carrière au quotidien La Dépêche du Midi (1961–1963), puis intègre le groupe Réalités-Entreprise-Connaissance des Arts à Paris, où il devient rédacteur en chef et éditorialiste (1966–1975). En 1976, il rejoint le groupe Les Echos comme conseiller de la présidente et accompagne la mutation du journal qui devient le premier quotidien économique français. Nommé en 1980 directeur général adjoint du groupe, il est chargé de sa diversification, acquérant puis redressant le quotidien médical Le Panorama du médecin.
En 1986, il rejoint l’hebdomadaire L’Express, alors dans une passe difficile puis en 1991, il reprend et développe à titre personnel la revue mensuelle Enjeux du monde. Analyste lucide et rigoureux des difficultés de la presse, il publie en 1992 Le dossier noir de la Presse française, aux éditions de Forgues, livrant un diagnostic sans indulgence sur les dérives d’un secteur aux prises avec les mutations de son lectorat, de son syndicalisme et de son actionnariat.
Le virage africain de Jean-Paul Pigasse
C’est à ce moment que ce journaliste passionné, qui porte dans son sang la passion de la communication, prend un virage décisif vers l’Afrique. L’occasion lui en est offerte lorsque Béchir Ben Yahmed, le talentueux et respecté fondateur du Groupe de médias panafricains Jeune Afrique, fait appel à lui pour l’assister dans le refinancement de ses journaux. Il devient alors vice-président de Jeune Afrique Média Group. Il comprend immédiatement que le paysage médiatique africain réclame de nouveaux financements et une nouvelle énergie. Mais plutôt que de mettre son talent et son expérience au service de Béchir Ben Yahmed, et de ses héritiers, il choisit dès 1997 de créer sa propre entreprise de presse, l’Agence d’Information d’Afrique Centrale, basée à Brazzaville.
C’est le début d’une aventure de trente ans, une véritable histoire d’amour avec le Congo, qui ne s’est interrompue qu’avec son décès, ce 11 juillet 2026.
Tout commence par un site Internet, fonctionnant comme une Agence de presse, quasi officielle, financée par l’Etat congolais. Jean-Paul Pigasse lance ensuite un mensuel en 2002, puis un hebdomadaire en 2006 et un quotidien d’information générale, Les Dépêches de Brazzaville, en 2007.
À Brazzaville, Jean-Paul Pigasse crée une librairie et une galerie d’art dans laquelle sont exposés près de 600 objets anciens ainsi qu’une collection de tableaux modernes. À Paris, il crée un centre de presse pour Les Dépêches de Brazzaville et une librairie-galerie consacrée aux auteurs et éditeurs du bassin du Congo. Passeur infatigable, il concevait désormais son existence comme une passerelle entre l’Afrique centrale et l’Europe, luttant contre les stéréotypes et les préjugés condescendants, secondant le combat du Président Denis Sassou NGuesso pour le développement durable et la préservation des équilibres naturels du bassin du Congo, l’un des principaux poumons verts de la planète.
Secrétaire général de la revue Géopolitique Africaine, trimestriel consacré à la mutation de l’Afrique et à son positionnement stratégique sur la scène mondiale, Jean-Paul Pigasse en avait confié la direction au regretté diplomate et écrivain Henri Lopès, Grand Prix de l’Académie française, dont la plume humaniste et noble nous manque aujourd’hui tellement.
Un combattant de l’information et de l’Afrique
Aux Dépêches de Brazzaville Jean-Paul Pigasse avait enfin adjoint, Le Courrier de Kinshasa, témoignant de son infatigable appétit de créateur de médias, et de sa volonté permanente de créer des ponts entre les nations, ici entre les deux capitales les plus proches du monde, face à face sur les rives du fleuve Congo.
C’est donc un confrère majeur qui a disparu hier à l’âge de 87 ans : un aîné respecté, un professionnel exigeant, un humaniste engagé et un combattant de l’Afrique, une voix libre au service d’un esprit aussi lucide que courageux. Sa postérité est aujourd’hui assurée en France en la personne de son neveu, Matthieu, qui a lui aussi contracté le virus de la presse, héréditaire chez les Pigasse, et qui s’est engagé avec force dans la bataille des médias indépendants, propriétaire du groupe Combat, qui compte parmi ses fleurons Les Inrockuptibles et… Radio Nova, radio qui est passée sous son égide de quelques centaines de milliers à deux millions d’auditeurs! Matthieu Pigasse à la main heureuse… Et c’est aussi un amoureux de l’Afrique!



