Henri Lopez, le combattant d’une francophonie africaine

La voix du diplomate congolais est un message de confiance dans la francophonie, qu’il présente comme un nouveau territoire de la création littéraire.

Le numéro de mars de la Nouvelle Revue Française accueille une série de plumes africaines, intelligemment introduites par Jean-Noël Schifano : une voix surtout s’en détache, celle du diplomate congolais et grand romancier Henri Lopez, qui fait entendre un vibrant message de confiance dans la fécondité de la francophonie, comme nouveau territoire de création littéraire en terre africaine.

 » Si la langue française est ce qu’elle est, non pas dans son terroir, mais sur la planète, elle le doit, pour une bonne part, au fait que des Africains l’utilisent. «  Et Henri Lopez de souligner cette évidence : une large majorité des pays qui ont aujourd’hui le français comme langue officielle sont des pays africains, et si le français est une des langues de travail des institutions internationales, c’est largement à cette circonstance qu’il le doit.

La Grande Ourse et la Croix du Sud

C’est pourquoi l’Afrique, lorsque l’on parle de francophonie, ne peut plus être placée en bout de table, comme un convive de dernière minute dont on n’attendrait pas grand chose… Et dont beaucoup de francophones européens ne se donnent pas la peine d’entendre les voix singulières…

Et les accents d’Henri Lopez sont convaincants, lorsqu’il déclare :  » J’écris d’abord parce que je suis un Africain, je veux dire un homme vieux de plusieurs millions d’années ; un homme de plusieurs millions d’années dont la mémoire et l’imaginaire sont entretenus par une maigre tradition orale fragile et dont les premières tentatives de constitution d’une bibliothèque datent de moins d’un siècle. J’écris pour introduire dans l’imaginaire du monde des hommes, des femmes, des paysages, des saisons, des couleurs, des odeurs, des saveurs et des rythmes qui en sont absents ; pour dire au monde des quatre saisons celui des saisons sèches et des pluies ; pour dire au ciel de la Grande Ourse celui de la Croix du Sud. « 

A nous tous qui sentons et savons que l’Afrique peut représenter un formidable réservoir d’images, d’expériences, de pensée neuve, d’émotions vierges, la haute et belle voix d’Henri Lopez constitue plus qu’une autorisation, ou un encouragement : elle est une reconnaissance.

Henri Lopez, NRF mars 2000,  » Brouillon de notes d’un Bantou prétentieux à des Européens de même langue « , Gallimard.