Hommage international à Arafat au Caire

Le corps du chef historique de l’autorité palestinienne, Yasser Arafat s’est envolé ce vendredi pour le Caire (Egypte), où il a reçu l’hommage d’un parterre de très nombreux chefs d’Etats et représentants internationaux, avant d’effectuer son transfert pour sa destination finale, à Ramallah (Palestine). La cérémonie a été brève et empreinte d’une solennité militaire, selon le protocole rigide des forces armées.

Par Koceila Bouhanik

« Brèves, officielles, militaires et limitées ». Voilà comment l’on pourrait caractériser les obsèques de celui qui fut pendant près de 40 ans le guide de tout un peuple, le Raïs : Yasser Arafat. Le sable des allées était égalisé, et un coup de peinture posé à la hâte sur les bâtiments du club militaire, proche de l’aéroport international du Caire, là où la cérémonie mortuaire devait avoir lieu, comme cela avait été le cas pour Nasser en 1970 et Sadate en 1981, loin des quartiers populaires et d’un éventuel débordement de la foule. Placées sous haute sécurité, les funérailles, qui ont duré moins de deux heures, ont en effet été fermées au public et le quartier de l’aéroport a été bouclé, dans un déploiement impressionnant de forces de l’ordre. Une cérémonie ouverte à tous était cependant prévue après les prières du vendredi dans la mosquée Al Azhar, située dans la vieille ville du Caire.

L’hommage des dirigeants internationaux

Le Caire s’était spontanément proposé pour accueillir les funérailles du dirigeant palestinien afin de remédier au problème qu’auraient immanquablement rencontré les dignitaires étrangers pour assister à une cérémonie à Ramallah, où il est désormais inhumé.
De très nombreux chefs d’Etat, représentants et monarques ont assisté aux funérailles. Au total, plus de 50 sommités se sont rendues au Caire pour saluer la mémoire du Raïs, au côté du chef de l’Etat égyptien, Hosni Mubarak qui a conduit la procession. Parmi elles, huit personnalités africaines : le Président Abdelaziz Bouteflika (Algérie), le prince Moulay Rachid, frère du roi Mohamed VI (Maroc), le Président Abdullahi Yusuf (Somalie), le Président Thabo Mbeki (Afrique du Sud), le Président Omar Hassan al Bachir (Soudan), le vice-président Mohamed Ali Shein (Tanzanie), le Président Zine el-Abdine Ben Ali (Tunisie), le Président Robert Mugabe (Zimbabwe).

Aucun chef d’Etat occidental

Aucun chef d’Etat occidental n’a en revanche fait personnellement le déplacement au Caire. La plupart des gouvernements européens, qui ont été hostiles aux tentatives israéliennes et américaines d’isolement d’Arafat, étaient représentés par leurs ministres des Affaires étrangères. Les Etats-Unis, eux, se sont peu impliqués en envoyant uniquement le secrétaire d’Etat adjoint, chargé du Proche-Orient, Williams Burns et leur consul à Jérusalem, David Pearce. L’Allemagne, la France et l’Espagne, étaient représentées par leurs ministres des Affaires étrangères, respectivement Joschka Fischer, Michel Barnier et Miguel Angel Moratinos. Israël a choisi de boycotter les funérailles et d’empêcher la dépouille mortelle d’être enterrée à Jérusalem, comme le souhaitait Yasser Arafat. Le Raïs n’a donc pas réussi de son vivant à créer cet Etat palestinien regroupant la Cisjordanie et la bande de Gaza, avec Jérusalem pour capitale dont il rêvait tant.

De Paris à Ramallah

Le Raïs est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l’hôpital militaire Percy, de Clamart, en région parisienne, après deux semaines d’agonie. La dépouille mortelle de M. Arafat, arrivée dans la nuit de Paris à bord d’un avion militaire français, a été transportée dans un fourgon mortuaire de l’hôpital Al-Galaa voisin (où elle a passé la nuit) à la mosquée, où se pressaient des dizaines de dignitaires étrangers, située dans l’enceinte du club militaire. Une prière des morts, dirigée par le cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, recteur de Al-Azhar – la plus haute autorité de l’Islam sunnite – a ensuite été prononcée. Selon le rite, l’imam a demandé le pardon de Dieu pour le défunt et tous les musulmans. Immédiatement après la prière, les responsables étrangers ont présenté leurs condoléances aux responsables palestiniens, sous un chapiteau dressé près de la mosquée. Mahmoud Abbas, président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Farouk Kaddoumi, chef du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, Rawhi Fattouh, président par intérim de l’Autorité palestinienne et Yasser Abed Rabbo, proche conseiller d’Arafat, ont reçu les condoléances debout.

Des obsèques dignes d’un chef d’Etat

Le cercueil de Yasser Arafat a ensuite été placé sur un affût de canon tiré par six chevaux noirs, pour une procession de quelques centaines de mètres. Le cortège était précédé par des cavaliers de la garde républicaine et d’un carré de militaires portant 15 gerbes, ornées d’une fleur orange connue en Egypte sous le nom de « fleur du paradis ». Les diverses armes de l’armée égyptienne en grande tenue étaient représentées. La procession était conduite par le président égyptien Hosni Moubarak, qui avait notamment à ses côtés le prince héritier saoudien Abdallah ben Abdel Aziz et le Président tunisien Zine el Abidine Ben Ali.

A l’aéroport militaire d’Al-Maza, huit officiers égyptiens ont ensuite porté et placé le cercueil dans un avion militaire C-130, tandis que la garde républicaine présentait les armes et qu’était exécuté l’hymne national palestinien (« Biladi », « Mon pays ») puis égyptien. Invisible jusque-là, Mme Arafat, effondrée, les traits tirés, se trouvait à l’aéroport d’Al-Maza. Habillée de noir, elle était soutenue par Mme Moubarak et étreignait dans ses bras Zahwa, la fille qu’elle a eue avec Yasser Arafat en 1995, elle aussi en larmes. L’avion cargo de l’armée de l’air égyptienne a ensuite décollé du Caire à 11h pour l’étape d’El-Arich, dans le nord du Sinaï. Le cercueil de Yasser Arafat est arrivé en début d’après-midi ce vendredi, à la Mouqata’a, son quartier général, où l’inhumation s’est effectuée vers 15 heures, heure de Ramallah (13 heures, heure française).