Hommage à Hervé Bourges

Hommage prononcé lors des obsèques d’Hervé Bourges, fondateur de l’Ecole Supérieure Interétatique de Journalisme de Yaoundé, ancien Président de l’Ecole de Journalisme de Lille, ancien Directeur général de RFI, ancien Président de TF1, de CANAL+ AFRIQUE, France 2, France 3, France Télévision, ancien Président du Conseil supérieur de l’Audiovisuel et de l’Union de la Presse francophone

Merci Hervé Bourges.

Je pourrais m’arrêter là. Je sais qu’il n’y a pas une personne dans cette église aujourd’hui qui n’est pas venue avec ce sentiment de vous devoir quelque chose. C’est très difficile à exprimer la reconnaissance. Surtout quand c’est aussi profond. Partout où je vous ai accompagné, au cours des dernières décennies, où que ce soit en France, en Afrique, en Algérie, c’est toujours ce qui me frappait: le nombre de personnes qui voulaient vous dire merci.

Vous étiez d’abord un regard, une attention prodigieusement intelligente. Le journalisme n’était pas votre métier, c’était votre nature : votre passion c’était la vie, le cours des choses, le mouvement du monde, la dynamique des hommes. Vous en étiez le spectateur le plus précis : nourri dès l’aube par l’ensemble des médias, écrits, radiophoniques, audiovisuels, vous ne relâchiez jamais cette prise permanente sur le monde.

Cette attention commandait immédiatement votre engagement : votre vie toute entière a été une succession d’engagements, qui étaient toujours au croisement des circonstances et de vos valeurs, avec la volonté de les faire coïncider pour changer le monde, en mieux. Au fondement de tous vos choix, j’ai toujours ressenti la liberté. Vous étiez un homme de fidélité, sans accepter aucune allégeance. Parce que rien ne devait retenir votre liberté de décider, cette responsabilité que vous nous appreniez à exercer nous-mêmes par la confiance que vous nous donniez.

Vous étiez sans illusion sur les hommes, mais votre force était toujours de prendre le parti d’attendre d’eux le meilleur de ce qu’ils pouvaient donner : et c’est pourquoi vous étiez un formidable pédagogue, créateur et directeur d’écoles, aussi bien qu’un patron hors du commun, en laissant chacun suivre son propre chemin. Je ne vous ai jamais entendu condamner quiconque, même ceux que vous désapprouviez. Il vous suffisait de sourire pour décrypter les erreurs, ou simplement les lâchetés. Vos colères mêmes étaient généreuses et vite dépassées. Parce que vous étiez toujours tourné vers l’avenir, et jamais retenu par le passé.

L’Afrique vous avait appris la patience, et l’écoute, parce qu’avant de décider vous vouliez entendre chacun. Au CSA je vous ai vu appliquer au quotidien cette pratique à la fois tolérante et lucide : alors qu’on vous imaginait comme un gendarme, vous aviez comme seul souci de protéger les acteurs, les professionnels, les créateurs, les entreprises, pour leur permettre d’inventer l’avenir. Protéger la liberté de penser et la liberté de créer, c’est comme cela que vous conceviez la régulation.

Cher Hervé Bourges, cher Président, vous nous léguez aujourd’hui votre insatiable gourmandise de demain.

En photo : avec Michèle Cotta et Manu Dibango