Hollande : « Pas de Françafrique en Centrafrique »

Les rebelles du Sélaka menacent chaque jour un peu plus le régime du président François Bozizé. Les partisans du chef d’Etat de la Centrafrique ont pris d’assaut l’ambassade de France, accusant Paris de laisser faire un coup d’Etat qui se trame. François Hollande a répondu mercredi : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays », a affirmé le président français précisant que « Ce temps-là est terminé ». Selon les spécialistes, contactés par Afrik.com, le temps de la Françafrique est bel et bien fini avec certains pays, comme la Centrafrique qui ne représente aucun intérêt important et son président n’est pas défendable. Au quel cas, Paris aurait trouvé les moyens d’intervenir. Alors, pourquoi Bozizé est menacé par un coup d’Etat et Hollande refuse d’intervenir ? Décryptage.

L’étau se resserre sur François Bozizé. Menacé par les rebelles du Sélaka, le président de la Centrafrique qui a, d’abord, accusé la France de laisser faire un coup d’Etat qui se trame, en appelle à l’aide de Paris. « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays », a répondu le président français précisant que « Ce temps-là est terminé ». François Hollande s’était déjà exprimé, le vendredi 12 octobre -à l’Assemblée nationale sénégalaise- pour décréter la fin de la Françafrique. L’occupant de l’Elysée démontre ainsi avec la Centrafrique sa volonté de rompre avec cette relation bilatérale entamée depuis la fin de la colonisation.

« La position de François Hollande traduit une réelle volonté du pouvoir exécutif français de se démarquer des politiques passées visant à maintenir à bout de bras les régimes illégitimes au nom de l’amitié et pour des raisons économiques », confie à Afrik.com Lydie Boka, manager du site Strategico.fr. « C’est un grand changement par rapport à la politique de Sarkozy : la France a contribué à valider l’élection d’Ali Bongo, en 2009, à la tête du Gabon alors que le scrutin était contesté par l’opposition », ajoute la spécialiste de l’Afrique. Et de nuancer : « La Centrafrique c’est un premier test pour Hollande. On verra jusqu’où il peut aller. Le régime de Bozizé est difficilement défendable ».

Bozizé, un dictateur lâché et menacé

Pour comprendre la tentative de Putsch que traverse, en ce mois de décembre, la Centrafrique. Il faut s’intéresser à l’ascension politique de François Bozizé. Tout a commencé par le coup d’Etat de 2003 le propulsant à la tête de l’Etat. Il devient alors président tout en gardant sa fonction de ministre de la Défense. A l’occasion d’une élection présidentielle, organisée en 2005, il est élu président et nomme un de ses fils, ministre délégué à la Défense. Son parti devient de facto parti d’Etat. Le président Bozizé est réélu en 2011 avec un score à la soviétique. Et les élections législatives qui ont suivi n’ont fait que confirmer la confiscation du pouvoir par la famille Bozizé, dont sa femme, qui remporte le scrutin au premier tour.

« Quand les gens n’ont plus d’espace pour s’exprimer ils prennent les armes. C’est ce qui explique ce conflit, mais il y a par ailleurs des causes externes », souligne Lydie Boka. « Bozizé est arrivé au pouvoir en 2003 grâce Idriss Déby (président du Tchad) et Paul Biya (président du Cameroun). Le Soudan, pays ennemi du Tchad jusqu’à la réconciliation de 2008, a financé les groupes rebelles qui agissent en Centrafrique, parmi eux certains sont devenus autonomes », précise la spécialiste de l’Afrique. « Le pouvoir centrafricain ne sait comment repousser cette rébellion qui se trouve aux portes de Bangui, la capitale, d’autant plus que sa garde républicaine était tchadienne jusqu’en octobre 2012 avant d’être renvoyée à D’jamena par Bozizé », mentionne la manager du site Strategico.fr. Tous ces facteurs expliquent les réticences de Paris, qui possède une base militaire en Centrafrique, d’intervenir. Même si cette position adoptée par François Hollande est risquée.

Hollande, « Ce temps-là est terminé » ?

François Hollande a réaffirmé sa volonté de rompre avec la Françafrique, en refusant catégoriquement de faire ingérence dans le conflit en Centrafrique. Rappelons que la France soutient, toutefois, l’intervention militaire au Nord-Mali pour y déloger les islamistes qui occupent cette région depuis maintenant neuf mois. Le président français a, par ailleurs, reçu en octobre Idriss Déby. Et, en juillet, le chef d’Etat du Gabon, Ali Bongo, pays emblématique de la Françafrique.

Que cache ce double discours ? « La volonté réelle de François Hollande sera limitée par la réalité du terrain. Il ne prend pas beaucoup de risques avec cette déclaration (son refus d’intervenir en Centrafrique, ndlr). Si c’était un pays du pré-carré français disposant de plus de ressources que la Centrafrique, son attitude serait différente. Si c’était un pays qui représentait des intérêts importants dont le dirigeant était défendable, la France aurait trouvé les moyens d’intervenir », analyse Lydie Boka.

D’où les limites de la position française. « Elle est tenable que sur le très court terme. C’est un début de politique, cette politique française n’est qu’un premier pas, elle devrait prendre en compte les dangers qu’en courent les populations », met en garde Roland Marchal, chercheur au CNRS. « Il faut essayer, comme pour le Mali, de franchir -en passant par l’Union africaine (UA) et la Communaute Economique et Monetaire de l’Afrique Centrale (CEMAC)- le stade des intérêts français pour protéger les civils exposés, car la France ne peut pas être spectatrice », préconise le spécialiste de la Centrafrique.

La menace des rebelles Sélaka pèse chaque jour un peu plus, notamment sur la population. Répondant à l’appel des associations proches du président François Bozizé, 300 femmes ont manifesté ce vendredi à Bangui pour réclamer aux assaillants de « cesser le combat ».