Hémorragie des recettes douanières maliennes

Les recettes douanières du Mali ont chuté de 12 milliards de FCFA (120 millions de FF) en 2000. Une perte sèche pour l’Etat de près de 10% par rapport à 1999. Explications du directeur général des douanes, Seydou Diawara.

Douze milliards de FCFA (120 millions de FF) de recettes douanières en moins. En passant de 131 milliards de FCFA (1,31 milliards de FF) en 1999 à 119 milliards de FCFA (1,19 milliards de FF) en 2000, les caisses de la douane malienne enregistrent une perte de près de 10% par rapport aux chiffres de 1999. Le directeur général des douanes explique à Afrik.com ces mauvais résultats.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le recul des recettes douanières en 2000 ?

Seydou Diawara : On peut identifier trois grands facteurs : la hausse du prix du pétrole, les difficultés de la filière textile et le récent Tarif extérieur commun (TEC) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

Nos importations de pétrole représentent 40% des recettes douanières du pays. Or on a assisté l’année dernière à une flambée du prix des hydrocarbures. En 2000, le brut est passé de 139 FCFA (1,39 FF) à 234 FCFA (2,34 FF) le litre. Mais pour ne pas affecter les autres secteurs de l’économie, l’Etat a décidé de ne pas répercuter cette augmentation à la pompe. Et la base taxable de l’essence et du super n’a pas dépassé 1 FF, quelquesoit le prix du pétrole.

Afrik : Quelle a été l’incidence des problèmes de la filière textile et du Tarif extérieur commun sur les recettes douanières ?

S.D : Le coton est le premier produit d’exportation du Mali. Or les prix internationaux chutent depuis 1998. Parallèlement à cela, il y a eu une importante crise de confiance de nos producteurs. En désaccord avec le prix d’achat des futures récoltes, la moitié d’entre eux a décidé d’abandonner la culture du coton. Les projections gouvernementales tablaient sur une production de 460 000 à 500 000 tonnes, elles ont dû être revue à la baisse à 230 tonnes.

Pour ce qui est du Tarif extérieur commun aux six pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en vigueur depuis le 1er janvier dernier, il impose à nos biens d’équipement et de consommation une fiscalité dont ils étaient jusque là exempts (ces biens étaient exonérés de droits de douane et se retrouvent taxés à hauteur de 5 à 10%, ndlr).

Afrik : Que comptez-vous faire pour redresser la barre cette année ?

S.D : Pour 2001, nous comptons réaliser des recettes de l’ordre de 147,5 milliards de FCFA (1, 475 milliards de FF). Nous allons renforcer notre lutte contre la fraude et veiller à mieux utiliser les ressources humaines de la douane malienne.

La fiscalité attire énormément la fraude. Elle peut prendre différentes formes dont la contrebande ou une pratique très répandue : la sous-facturation (sous-évaluer, aux frontières, la valeur des produits pour en alléger la charge fiscale, ndlr). Il s’agit, d’une part, d’optimiser nos ressources humaines pour mieux surveiller nos 7 000 kms de frontières. Nous allons travailler à corriger nos insuffisances internes. Il y a, par exemple, une trop grande concentration de nos agents dans les grandes villes au détriment des zones frontalières. D’autre part, nous allons veiller à mieux former nos hommes, pour qu’ils puissent mieux saisir le flux réel de marchandises dans le pays et qu’ils soient moins dupes face à la sous-facturation.