HEC Afrique

L’Ecole des Hautes études commerciales est présente depuis deux mois dans la capitale sénégalaise, à partir de laquelle elle espère « rayonner » sur le reste de l’Afrique.

L’école des Hautes études commerciales (HEC) a son antenne Afrique. Depuis deux mois, le grand établissement de commerce français est présent sur le sol africain, et plus précisément à Dakar. A la grande joie du Président sénégalais Abdoulaye Wade, qui a accueilli en décembre la délégation parisienne comme « un signe fort de la France envers le Sénégal ». Signe de son manque d’attrait économique, l’Afrique, après l’Europe de l’Est, l’Asie et l’Amérique latine, est le dernier continent à recevoir les services et enseignements de la prestigieuse école. Des enseignements qui ne s’adressent pour l’instant qu’aux managers et dirigeants d’entreprise confirmés. Mais Jean Luc Ricci, professeur et chargé de mission pour HEC, reste optimiste. Il fait le point avec nous sur la stratégie Afrique de l’établissement qu’il représente.

Afrik : Pourquoi avoir ouvert une délégation Afrique ?

Jean-Luc Ricci :
Nous sommes partis d’un constat simple. Depuis quelques années, nous nous sommes développés en Asie, en Amérique latine et en Europe de l’Est, mais l’Afrique était absente de notre stratégie de développement. Alors qu’il y avait une demande pour la formation à l’excellence. Il y a deux ans, on m’a assigné une mission qui consistait à rechercher comment HEC pourrait se développer en Afrique : le marché, les possibilités de développement… Deux villes se sont alors détachées : Dakar et Abidjan. Mais la capitale sénégalaise s’est immédiatement imposée, par sa réputation universitaire et son enseignement. Nous avons ensuite recherché un partenaire, et c’est l’Institut supérieur de management de Dakar (ISM), avec ses 1 500 élèves, qui s’est détaché. Nous travaillons dans le même esprit.

Afrik : La formation s’adresse aux managers et dirigeants en activité…

Jean-Luc Ricci :
Nous avons installé une antenne pour sensibiliser les étudiants post-bac à la possibilité d’intégrer HEC, qu’ils ne connaissent pas toujours. Et des Prépas HEC existent déjà à Dakar. Mais le volet le plus important concerne ce qu’on appelle l’« Executive Education ». Nous répondons au besoin des entreprises ou des individus qui, en cours de carrière, veulent donner un niveau supérieur à leur formation. Il s’agit de former des cadres dirigeants. De passer du « savoir » et du « savoir faire » au « savoir être ». C’est à dire d’animer, de motiver une équipe. On est là dans la personnalité du dirigeant. La délégation HEC ne concerne évidemment pas seulement le Sénégal. Elle devra rayonner de Niamey à Cotonou, en passant par Abidjan et dans toute la sous-région.

Afrik : La formule expérimentée à Dakar se rapproche-t-elle de ce que HEC fait en Amérique latine ou encore en Asie ?

Jean-Luc Ricci :
C’est la première fois que cette formule-là est testée. Ailleurs, l’essentiel consiste en des échanges de professeurs, d’élèves ou encore de contenus pédagogiques. Pour l’instant, la formation dispensée en Afrique est bonne, mais les politiques menées par les différentes institutions locales ne nous amènent pas à faire ce type d’échange. Là, pour l’Afrique, l’originalité tient dans l’aspect délégation, pour assurer la formation. Nous sommes deux, avec Binta Touré, déléguée HEC Afrique, à être en permanence à Dakar. Je suis chargé de donner les cours, en entreprises, et d’autres professeurs viennent de France assurer des formations selon les besoins. Deux sont attendus cette semaine.

Afrik : Serait-il possible d’imaginer, à moyen terme en Afrique, le même système d’échange qu’avec l’Asie ou l’Amérique latine ?

Jean-Luc Ricci :
Lorsque nos étudiants partent dans le cadre d’un échange à Georgetown ou Princeton, leur valeur-ajoutée, haute, reste à peu près la même. Elle est plus difficile à établir pour une école à Dakar…

Afrik : Les continents asiatique et sud-américain disposent-ils d’écoles assez prestigieuses pour recevoir des élèves de HEC ?

Jean-Luc Ricci :
Bien sûr. Un étudiant qui va compléter sa formation dans une grande école de Shanghai ne perdra rien de sa valeur. Car la richesse de l’école va également dépendre de la richesse de la ville. Il ne faut pas oublier que le PIB du Sénégal est de 3 milliards de dollars. Celui de la France, pour comparaison, est d’environ 1800 milliards.

Afrik : Le but, pour une grande école qui travaille en étroite coopération avec les grandes entreprises et forme leurs futurs cadres, est également de créer des ponts… Subissez-vous une importante concurrence des écoles britanniques ou américaines, sur le continent africain ?

Jean-Luc Ricci :
Nous sommes précurseurs sur l’Afrique francophone. Il y a souvent des accords entre les écoles, mais je ne suis pas en mesure de vous donner des informations en ce qui concerne les établissements anglophones. Il est vrai que de plus en plus d’étudiants choisissent les Etats-Unis, pour faire leurs études supérieures. Il nous fallait donc renouer des liens forts avec l’Afrique et inverser la tendance. Mais il faut préciser ici que nous sommes les seuls à être venus avec la volonté d’ouvrir un bureau. C’est pourquoi nous avons reçu un accueil positif des entreprises locales, qu’elles soient sénégalaises ou étrangères. Nous nous sommes aperçu en venant ici que HEC jouit d’une image extraordinaire. On nous a même incité à nous implanter, mais cela ne peut pas être envisagé à moyen terme.

Afrik : Les autorités françaises vous ont-elles montré leur reconnaissance pour ce travail ?

Jean-Luc Ricci :
L’ambassade nous a toujours accueilli avec beaucoup de bienveillance. Ils comprennent l’intérêt de la France dans notre projet.

Afrik : Qu’apporte HEC de plus qu’un établissement tel que l’Institut supérieur de management de Dakar, par exemple ?

Jean-Luc Ricci :
L’ISM forme ses étudiants jusqu’à la maîtrise, mais il ne dispose pas de MBA, par exemple. HEC, qui est aussi le label de l’excellence, en dispose. D’autre part, nous sommes convaincus qu’il est nécessaire de dispenser une formation culturelle aux entreprises occidentales qui envoient des cadres en Afrique. Dakar, ce n’est pas Cergy-Pontoise. Il faut mettre fin à l’image monolithique de l’Afrique. Je me suis entendu dire, récemment, que la différence qui existait entre un Gabonais et un Sénégalais était aussi grande que celle qui existe entre un Grec et un Finlandais. En Europe, nous percevons la différence entre un Finlandais et un Grec. Mais un Gabonais ou un Sénégalais, ça reste un africain.

Afrik : D’une manière générale, les étudiants africains qui viennent étudier à HEC, en France, repartent-ils dans leur pays d’origine ?

Jean-Luc Ricci :
Pendant longtemps, les étudiants ont eu tendance à rester en France, car les salaires sont plus élevés. Mais, selon certains observateurs, depuis trois ou quatre ans, des étudiants retournent dans leur pays. Il ne s’agit pas encore d’une vague, mais des entreprises se sont créées et recherchent des élites. Les salaires ne sont toujours pas aussi élevés qu’en France, mais la qualité de vie séduit quelques jeunes cadres.

Afrik : Ralentir la fuite des cerveaux faisait-il parti des vos ambitions ?

Jean-Luc Ricci :
L’une de nos ambitions était de dire que le fait de former des élites, sur place, va peut-être pousser des Sénégalais ou Africains de France à rentrer pour travailler avec ces cadres. De là à dire que nous essayons de ralentir la fuite des cerveaux… Nous n’en sommes pas là.

Afrik : Etes-vous satisfaits du travail que vous avez accompli ?

Jean-Luc Ricci :
En deux mois, nous avons obtenu des résultats probants. Nous saurons à la fin de l’année si cette entreprise perdurera.