Hausse des impôts au Sénégal : conflit entre l’Etat et les syndicats

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Les gérants de stations-services ont tiré la sonnette d’alarme, interpellant les autorités sur leur sort peu enviable, par rapport à leur marge de bénéfices au vu de la hausse de la fiscalité. Une coalition d’une dizaine de centrales syndicales, regroupées au sein du front syndical autonome (FSA), promet d’aller au front contre l’actuel régime, pour obtenir la baisse des impôts.

(De notre correspondant)

L’association nationale des gérants de stations-services du Sénégal dénonce le faible niveau de la marge bénéficiaire tirée de la vente de carburant, cela s’ajoute à l’importance de la pression fiscale exercée par l’Etat sur ce secteur.

« La pression fiscale nous empêche sérieusement d’assumer nos charges : entretien du personnel, frais de fonctionnement et de location et l’année dernière, 80 de nos membres ont été obligés de mettre la clé sous le paillasson», fait savoir son président, Amadou Diop Sylla. Parmi les maux auxquels ils se trouvent confrontés, les gérants de stations services déplorent le niveau insignifiant de la marge bénéficiaire sur le litre de carburant vendu, évalué à 10,5 francs CFA, le litre. Selon les plaignants, cette marge n’a été valorisée qu’une seule fois en 2004 -dans un intervalle de temps où le prix de l’essence est passé d’un peu plus de 200 francs pour atteindre aujourd’hui presque 900 francs CFA-.

Les gérants de stations services menacent de fermer

Le président de l’association des gérants de stations-services du Sénégal a, par ailleurs, appuyé la nécessité d’une concertation entre les majors pétroliers et les gérants de stations-services. « Nous n’envisageons pas de sevrer les Sénégalais en carburant mais, si les choses continuent ainsi et que l’Etat ne revoie pas cette fiscalité, alors nous y seront contraints », a-t-il averti.

Le coordinateur national du M23/patriotique, Cheikh Sadibou Diop, accuse le Premier ministre Abdoul Mbaye de militer pour la fermeture des entreprises pourvoyeuses d’emplois : « Nos industries sont en train de s’asphyxier. L’huilerie est en train de connaitre des problèmes extraordinaires car, le gouvernement a autorisé à la Chine d’acheter l’arachide. Ce qui fait que la Suneor n’a même pas de matière première pour produire de l’huile. Cela veut dire que l’usine va vers la faillite ou vers un licenciement massif des travailleurs. Nous connaissons ce même problème avec l’industrie de la Tomate (SOCAS) et Abdoul Mbaye n’a pas su encadrer cette société et empêcher l’industrie chinoise de faire entrer sa tomate ».

Selon une étude scientifique, cette tomate était faite sur la base de colorant, alors que la nôtre tomate était de meilleure qualité. Mais, le produit chinois étant de moindre prix, la SOCAS est obligée, face à cette concurrence déloyale, de licencier 84 pères de famille », a fait savoir le coordinateur. « La boulangerie risque de connaitre la même situation, avec la décision unilatérale du Premier ministre de fixer le prix du sac de la farine à 20 mille FCFA. Alors pour un Premier ministre qui travaille sur la base d’un programme, qui a pour objectif de créer 500 mille emplois, en cinq ans, cela fait presque un an que le Premier ministre et son gouvernement n’ont pas créé un seul emploi au Sénégal. Par contre, ils sont en train de détruire des emplois », a t-il révélé.

Le coût élevé de la vie

Le front syndical autonome qui regroupe 14 centrales syndicales, en analysant la situation du pays, a envoyé un message fort à l’actuel régime. Ces centrales ont d’abord demandé au gouvernement d’Abdoul Mbaye d’évaluer les accords de 2009 signés entre le gouvernement, le patronat et les centrales syndicales. Pour éviter de tomber dans ce même piège, Ibra Diouf Niokhobaye et Sidiya Ndiaye ont tous deux sonné la fin de la récréation, exigeant la baisse conséquente des prix des services de consommation courante (eau, électricité, téléphone), du coût du loyer. « Nous allons intensifier le combat, en organisant des meetings pour exiger à l’actuel régime de revenir à la table de négociations. Parce que depuis plus de trois ans, les accords signés ne sont pas respectés par le pouvoir central ».

Nous allons élaborer un plan d’action qui nous permettra d’amener le gouvernement à la table de négociation. Nous avons déposé des cahiers de doléances et jusqu’à présent, il n’y a pas d’ouverture des négociations », a fait savoir M. Ndiaye. Si leurs revendications ne sont pas prises en compte, Sidiya Ndiaye précise : « Le FSA a pris toutes ses responsabilités et travaillé pour une tournée nationale de sensibilisations auprès de nos bases. Nous irons à l’assaut des règlements des questions syndicales ».

Par contre, le gouvernement a opéré au début de cette année une baisse des impôts sur les salaires. Ce qui induit la hausse des salaires depuis le mois de janvier dernier.