Hassen Chalghoumi, « le faux imam de Drancy »

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Carnet de bord : qui est Hassan Chalghoumi, l’imam surmédiatisé de Drancy ?

Personnage énigmatique, l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, semble être depuis quelque temps le nouveau porte-parole imposé des musulmans de France. L’allure modéré, celui qui prétend défendre un « islam de France », en osmose avec les lois de la République, ne fait pas l’unanimité.

Taguia à la tête, légère barbichette, Hassen Chalghoumi est très à l’aise devant les caméras, bien qu’il maîtrise difficilement la langue française. De père algérien et de mère tunisienne, il débarque dans l’hexagone en 1996. Mais beaucoup se pose la question : au nom de qui s’exprime-t-il ? A entendre les commentaires de certains musulmans, l’imam de Drancy ne serait « pas représentatif de la communauté musulmane ». « Nous ne le connaissons pas, nous ne savons rien ou presque de lui », s’interroge Ali. Mais alors, pour qui roule-t-il ? S’interroge le chroniqueur politique Thierry de Cabarrus. Pour Israël et la communauté juive ? Comme l’en accusent Ali et de nombreux musulmans français.

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En novembre 2012, alors que le conflit israélo-palestinien s’exporte jusque dans les banlieues françaises, l’imam de Drancy se rend en Israël en compagnie de quelques autres imams africains. Gaza est bombardé, Hassen Chalghoumi, lui, visite le Mur des Lamentations, se recueille sur la tombe des victimes de Mohamed Merah et visite le mémorial de la Shoah, ce qui lui vaut d’être surnommé « l’imam des juifs ».

Plaire sans complaire

Sans aucun doute, le charismatique Chalghoumi aime s’exprimer. Inutile de lui relancer une invitation à une émission, l’imam les accepte dès le premier contact. Son combat contre l’intégrisme, il le porte haut les cœurs sur les plateaux de télévision.

Pascal Boniface, directeur de l’Iris, a, dans Le Plus du Nouvelobs, en quelques lignes résumé le profil du personnage: « Il n’est en rien représentatif des musulmans. Ce sont les médias et quelques responsables politiques qui le désignent comme tel. D’où un grand malaise provoquant un rejet, les musulmans refusant de se voir assigner par des non-musulmans un représentant qu’ils n’acceptent pas. Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas. »

Voyages, ouvrages ou encore publicité, Hassen Chalghoumi bénéficie d’une promotion loin d’être proportionnelle à sa légitimité. Décrié par les musulmans, adulé par les médias, le dernier livre de Chalghoumi, « Agissez avant qu’il ne soit trop tard », signé David Pujadas, jouit d’une promotion exceptionnelle.
Pourquoi le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’obstine-t-il à faire de Chalghoumi l’interlocuteur privilégié d’une communauté qui ne veut pas de lui ? Même l’Eglise catholique a souligné l’arrivée médiatique d’un personnage peu crédible, plutôt politique que religieux : « on ne peut pas soutenir quelqu’un qui ne travaille pas avec la communauté musulmane ».

Même les Etats-Unis ne veulent pas de lui sur son territoire. En 2007, les autorités américaines le renvoient en France et le désigne comme persona non grata. Un « malentendu » selon le premier concerné. La réponse, Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, la détient peut-être. Selon lui, en 2004 l’imam de Drancy prêchait en faveur du djihad, la guerre sainte. Et alors qu’en 2007, Hassen Chalghoumi avait une position ferme pour le port du voile et militait pour la séparation des sexes selon le président de l’Union des associations musulmanes de France, aujourd’hui il s’oppose catégoriquement contre le port du voile à l’école, la burqa et milite pour le mélange des sexes dans les piscines.

Ancien manutentionnaire, l’imam de Drancy s’était même vu retiré son permis de travail à l’aéroport Charles de Gaulle car fiché dans la liste rouge des RG. Comment et pourquoi est-il passé du progressisme au modernisme ?

Hannache balance sur Chalghoumi

Farid Hannache, ancien conseiller de Hassan Chalghoumi, sort de l’ombre. Sans complexe, Hannache balance sur « le faux imam de Drancy ». Au micro de Beur FM, l’ancienne plume de l’imam a attesté que Chalghoumi a mené en 2012 campagne pour Nicolas Sarkozy. Une affirmation peu étonnante lorsque l’on sait que Chalghoumi est le poulain du maire centre-droite de Drancy. C’est d’ailleurs Jean-Christophe Lagarde qui l’a, non pas proposé, mais imposé aux musulmans de Drancy.

« C’est l’une des personnes qui a envoyé un bus de la mosquée de Drancy au meeting de Villepinte » en mars 2012 où « il était assis au premier rang avec les ministres et Sarkozy lui-même est venu le saluer », affirme Hannache, révélant que M. Chalghoumi est un de ceux qui auraient véhiculé le « fameux sms » dans lequel il était mentionné « les 10 raisons de ne pas voter PS ». « Dans l’immédiat, il critique Sarkozy car il roule pour Valls. Parce que ce que cherche les politiques, ce sont des béni-oui-oui. »

Sur son passé, Farid Hannache en dit long. A l’époque où il fréquentait les Tablighs, une mouvance de l’islam très conservatrice, « il était tellement fiché intégriste que le ministère de l’Intérieur avait décidé de l’expulser » mais « ce sont les bons offices de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, aujourd’hui décrié par M. Chalghoumi, ndlr), par l’intermédiaire de l’ancien président Lhaj Thami Breze, qui ont convaincu le ministère de ne pas l’expulser ». Chalghoumi a donc été blanchi. Serait-ce la réponse à son changement de comportement ?

Farid Hannache dénonce « la gestion policière de l’islam de France et sa gestion néocolonialiste avec la prédominance des lobbies sionistes qui sont en train d’imposer qui doit parler ou non au nom des musulmans ». Sa sortie médiatique lui vaut de détacher de dissocier officiellement son nom au populaire et impopulaire Hassen Chalghoumi.

Des voix légitimes auprès des musulmans s’expriment mais ne trouvent pas le même écho que le surnommé « faux imam de Drancy » ou « imam de la ripoublique ». Intellectuels, artistes, acteurs économiques ou encore universitaires, bon nombre de musulmans sont aujourd’hui apte à s’exprimer au nom d’une communauté lassée de se voir représenter par des « imams » dont le fort accent renvoie auprès de l’image imaginaire du musulman étranger.