Hassan Al-Tourabi libre mais surveillé

L’opposant islamiste et ancien maître à penser du régime soudanais, Hassan Al-Tourabi, a été libéré, en toute discrétion. Les autorités de Khartoum préfèrent tout de même le garder à l’oeil et l’ont assigné en résidence surveillée. Ils veulent l’empêcher de renouer des contacts avec la rébellion sudiste.

C’est au soleil couchant que Hassan Al Tourabi, opposant islamiste et ancienne éminence grise du régime, a quitté à sa grande surprise la prison de Khartoum, encadré par les officiels du ministère de la Justice. La voiture banalisée aux vitres teintées a pris la direction de Kafouri, banlieue nord de la capitale soudanaise.  » Quatre éléments armés de la police judiciaire surveillent la maison « , précise l’épouse de l’opposant à l’AFP. Car si les autorités de Khartoum ont libéré le Guide spirituel du Soudan, elles entendent le surveiller de près, très près. Aussi, elles l’ont assigné à résidence dans une maison appartenant à l’Etat. Un régime de semi-liberté. Tourabi, 69 ans, avait été évincé du pouvoir en décembre 1999 par Al-Bachir qui a dissous l’Assemblée nationale dont il était président. Le président Omar Al Bechir, ancien allié de Hassan Al-Tourabi, redoute que son mentor ne renoue des contacts avec l’armée sécessionniste du Sud, dirigée par le colonel John Garang.

Le guide en résidence surveillé

M. Tourabi avait été arrêté le 21 février ainsi que plusieurs membres de son parti, le Congrès national populaire (CNP) deux jours après la signature d’un mémorandum d’entente avec l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) qui prévoyait la chute du régime militaro-islamiste par des moyens pacifiques. Et c’est  » cette trahison  » que le président-général Omar Al-Bechir redoutait : la coalition du sud chrétien et du nord musulman. La grande nouveauté de cette coalition était la volonté affichée des deux responsables de renverser le régime par des moyens pacifiques et l’atout d’Al-Tourabi résidait dans sa capacité à mobiliser les organisations estudiantines qui lui sont toutes acquises.

La réaction de John Garang est très attendue par l’opposition soudanaise. Car dès l’arrestation d’Al-Tourabi, les accords ont été gelés entre les deux partis et le leader sudiste ne veut évidemment pas contribuer à remplacer une dictature militaro-islamiste par une république islamique.