Haïti : Michel Martelly, le chanteur président

Le chanteur Michel Martelly a remporté lundi l’élection présidentielle haïtienne avec 67,57% des suffrages face à l’ex-première dame Mirlande Manigat qui en a recueilli 31,74%.

Le verdict est tombé. Le chanteur populaire Michel Martelly, 50 ans, est le nouveau chef de l’Etat de l’île avec 67,57% des voix face à l’ancienne première dame et intellectuelle Mirlande Manigat, 31,74%, selon les résultats préliminaires du Conseil électoral provisoire (CEP). S’ils sont confirmés, il succède au président René Préval pour un mandat de cinq ans. Sa victoire a été accueillie hier par des scènes de liesses à Port-au Prince, où des centaines de personnes s’étaient rassemblées. Les Etats-Unis ont aussi salué ces résultats. « L’annonce par le Conseil électoral provisoire des résultats préliminaires du second tour de l’élection présidentielle constitue une autre étape importante, alors que les Haïtiens avancent pour reconstruire leur pays », a déclaré dans un communiqué l’ambassade américaine à Haïti.

Pourtant le fauteuil présidentiel était loin d’être gagné pour lui. A l’issue du premier tour de l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, les premiers résultats désignaient Jude Célestin et Mirlande Manigat comme les deux candidats qui devaient s’affronter au second tour. Mais les partisans du chanteur et ceux de son confrère Wyclef Jean se sont ralliés et ont manifesté pour dénoncer une fraude électorale. Le CEP a finalement accepté de recompter les voix sous la pression nationale et internationale. Mais Jude Célestin est arrivé à nouveau en tête. Son parti Inité (unité en créole) a décidé finalement de retirer sa candidature par crainte de violentes émeutes, ce qui a permis d’organiser le second tour, le 20 mars.

Un chanteur populaire

Les Haïtiens portent désormais tous leurs espoirs sur « Sweet Micky » (c’est le surnom de Michel Martelly au sein de son groupe), qui se présente comme le président de la rupture. Il devrait prendre ses fonctions le 14 mai. « Nous allons œuvrer pour tous les Haïtiens. Ensemble, nous pouvons y arriver», a-t-il promis sur son compte Twitter. Il se présente comme le président de la rupture. « Je n’ai jamais été impliqué dans la politique. J’ai les mains propres », ajoute-t-il. Selon lui, « des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes empilés sous des tentes de fortune, devront sortir car à la roulette russe des épidémies, le jeu a trop duré ».

Issu de la moyenne bourgeoisie, Michel Martelly, père de quatre enfants, qu’il a eu avec son amie d’enfance, Sophia Saint Rémy, qui gère sa carrière, a effectué de brèves études de construction et communication aux Etats-Unis. N’ayant aucune expérience en politique, ses opposants lui reprochent son discours populiste. Son parti, Repons Peyizan, s’est majoritairement appuyé sur les colères des Haïtiens pour en faire des promesses de campagne. Dans une chanson intitulée, «bandit légal », il dénonce le coût de l’opération de maintien de la paix de l’ONU, affirmant que son peuple devait lui-même « mettre de l’ordre dans sa maison». Star du Kompa, musique locale, le chanteur jouit d’une grande popularité qu’il a acquise en 22 ans de carrière avec à son
compte 14 albums.

Un pays à reconstruire

Le défi est de taille pour le chef d’Etat qui doit faire face à un pays en ruine, où tout est à reconstruire. L’économie, qui dépend beaucoup des transferts d’argent de la diaspora et de l’aide internationale, est dans l’impasse depuis des décennies. A ce jour, aucun de ses prédécesseurs n’a réussi à sortir Haïti de la misère. Le violent séisme du 12 janvier, qui a fait près de 250 000 morts, a aussi détruit le palais présidentiel, qui n’a toujours pas été reconstruit. Sans compter l’arrivée du choléra qui a déjà fait 5000 morts. Il doit également faire face aux anciens présidents qui sont rentrés récemment. Jean Bertrand Aristide est revenu, le 18 mars, 7 ans après avoir été chassé du pouvoir. Deux mois plus tôt, le 16 janvier, c’était au tour de Jean-Claude Duvalier, qui avait regagné le pays après 25 ans d’exil en France. Lors de sa campagne, Michel Martelly a promis, entre autres, de restructurer le système éducatif, de mettre sur pied une réforme agraire pour relancer la productivité et de miser sur le potentiel touristique d’Haïti.