Hadj Moussa Akhamokh, le chef spirituel des Touaregs, est décédé

Hadj Moussa Akhamokh, autorité morale des Touaregs et figure emblématique du Grand Sud algérien, est décédé à 84 ans, à son domicile de Tamanrasset. Il a été inhumé mercredi dans cette ville. Moudjahid, député pendant 30 ans, il laisse le souvenir d’un homme sage et respecté de tous qui a contribué à maintenir le calme dans la région.

Hadj Moussa Akhamokh, l’amenokal des Touaregs, est décédé à son domicile de Tamanrasset, à l’âge de 84 ans. Il a été enterré mercredi après-midi dans cette ville qui l’avait vu naître. Le chef spirituel des tribus berbères du Hoggar aura marqué l’histoire algérienne par sa personnalité et son charisme. Homme bleu de la tribu de Kel Rela, qui réclame sa descendance de la reine mythique des Touaregs, Tin Hinan, il a été l’un des piliers de la guerre de Libération dans le Sud du pays. Militant du Front de Libération Nationale (FLN), dont il sera membre du comité central, et de l’Armée de Libération Nationale (ALN), ce « vaillant moudjahid », comme l’appelle le Président Bouteflika, se met au service de la lutte en achetant et en convoyant des armes de la Libye voisine pour la Wilaya VI.

A l’indépendance, il est le premier président de l’Assemblée populaire de la commune de Tamanrasset, jusqu’en 1975. Date à laquelle il devient l’amenokal des Touaregs, prenant la place de son frère tout juste décédé, Bey Ag Akhamokh, et qui a occupé cette place depuis 1950 à 1975. Son père avait lui-même été élu à ce poste en 1941, après la mort d’Akhamokh Ag Ihemma qui était à la tête des tribus depuis 1921. Hadj Moussa Akhamokh est élu député à l’Assemblée populaire nationale, siégeant dans son habit traditionnel durant trois mandats successifs (1977-1992). Il est aussi membre du Conseil consultatif national en 1992 et 1993, puis membre du Conseil national. Il se retire de la vie politique en 1998 pour livrer son dernier combat contre la maladie qui l’a finalement emporté cette semaine.

Sur tous les fronts

Cet homme jouissait d’une grande estime auprès du peuple et son influence morale s’étendait à la région du Hoggar mais aussi au Sud algérien tout entier. Il a « éveillé la conscience de plusieurs générations de jeunes Algériens qui découvrirent ce digne représentant des frères du Sud », écrit Hassan Moali dans El Watan. Le journaliste note que son « aura » dépassait également les frontières algériennes et qu’il aura « largement contribué à la résolution du conflit de l’Azawed, au Nord du Mali ». « L’Algérie officielle ne remerciera jamais assez cet homme d’exception qui, à lui seul, a sécurisé nos frontières du Sud si vulnérables à toutes sortes d’intrusion. »

Hadj Moussa Akhamokh était aussi l’interface entre l’Etat et la population du Sud et l’interlocuteur privilégié des autorités. Il incarnait « véritablement cette passerelle entre le Nord et le Sud. Entre l’Algérie d’en haut et celle d’en bas », indique encore El Watan. Les différentes tribus targuies qui l’avaient élu lui avaient totalement fait allégeance, ce qui était un gage de stabilité. En effet, l’amenokal a contribué à faire régner le calme dans une région pourtant en proie à un vrai malaise social. Homme de nature discrète, il n’avait pas hésité à donner de la voix pour défendre les Targuis. En 2002 et 2003, il évoquait déjà dans la presse l’indifférence des pouvoirs publics devant la montée du chômage, des problèmes d’eau, d’enseignement, la négligence de la culture targuie et les trafics de papiers au profit des ressortissants de pays voisins. L’actualité lui a donné raison et des émeutes ont éclaté cet été à Djanet et Tamanrasset, signe de l’exaspération ambiante. Ce chef respecté était aussi un fin connaisseur du Grand Sud et il a apporté sa contribution aux recherches sur la faune et la flore du Tassili. Après la disparition, en juin dernier, d’Othmane Bali, le chantre de la musique targuie, le Grand Sud perd un autre de ses défenseurs farouches. Et un autre sage.