Gyude Bryant, nouveau Président du Liberia

Après l’intérim, place à la transition. Gyude Bryant, désigné le 21 août dernier, a pris mardi ses fonctions de Président du Liberia. Homme d’affaires et de foi, il a un peu plus de deux ans pour remettre le pays sur pied. Portrait.

Gyude Bryant a été accueilli par une foule en liesse à l’aéroport de Monrovia, lundi. Un soutien populaire qui s’est poursuivi lundi, accompagnant l’homme d’affaires dans la prise de ses nouvelles fonctions : celles de Président du Liberia. Une cérémonie a débuté dans la capitale à 11 heures (GMT) ce matin, en présence des membres de l’Assemblée nationale de transition, des Présidents ghanéen et nigérian John Kufuor et Olesegun Obasanjo ainsi que du président de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré. Gyude Bryant prend mardi le relais du gouvernement intérimaire conduit par Moses Blah depuis le 11 août dernier, date de la démission de l’ancien Président Charles Taylor.

Les fonctions de Gyude Bryant prendront fin le troisième lundi de janvier 2006. D’ici là, les différentes tâches qu’il doit entreprendre sont herculéennes. Après 14 ans de guerre civile, il faut démobiliser les quelque 45 000 combattants encore en action, dont la moitié sont des enfants. Restaurer et maintenir la sécurité sur l’ensemble du territoire, remettre en état les réseaux d’électricité et d’eau potable. Faire face à une population touchée à 85% par le chômage et organiser des élections libres et transparentes.

Le candidat neutre

Pour autant, Jacques Klein, l’envoyé spécial des Nations unies au Liberia se montre optimiste. Un certains nombre d’experts onusiens sont déjà sur place pour évaluer les besoins et épauler Gyude Bryant. Ce dernier semble d’ailleurs faire l’unanimité à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Même le Président Taylor, soupçonné de toujours tenir les rênes du pouvoir au Liberia, s’est fendu d’une déclaration publique depuis son exil au Nigeria (la première depuis le 11 août) : « La guerre est finie. Je demande à tous mes partisans d’adhérer au processus de paix. » Quant au leader rebelle Sekou Conneh, il a promis de travailler de concert avec le nouveau gouvernement qui doit accueillir douze membres du Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie). « Après l’investiture de Gyude Bryant, nous commencerons la désarmement volontaire », a-t-il précisé.

L’expérience de négociateur du nouveau Président devrait lui être utile pour gérer un cabinet de 21 ministres, comptant des anciens rebelles donc mais aussi des pro-Taylor. C’est le véritable enjeu de sa nomination : sera-t-il aussi neutre qu’il le laisse paraître depuis le début ? Un consensus semble s’être fait autour de sa personne alors que sa nomination avait surpris tous les Libériens. Gyude Bryant a été choisi sur une liste de trois candidats proposés par un groupe de 18 partis politiques et de représentants de la société civile qui participaient aux pourparlers de paix d’Accra sur le Liberia. Aux côtés d’Ellen Johnson-Sirleaf, chef de file de l’opposition à Charles Taylor et Rudolph Sherman, membre du parti True Whig qui a dirigé le Liberia de 1871 à 1980, Gyude Bryant faisait figure d’outsider. Pourtant, nullement surpris, il avait commenté sa nomination ainsi : « Les Libériens ont besoin d’une personnalité neutre et je crois que j’en suis une ».

Entre Eglise et entreprise

A 54 ans, cet économiste de formation est plus connu dans le pays pour son engagement religieux que politique : c’est un membre influent de l’Eglise épiscopalienne du Liberia. Il a en outre créé sa société en 1977, la Liberia machinery et supply company, spécialisée dans la fourniture d’équipements miniers et portuaires, qu’il dirige toujours aujourd’hui. C’est en 1984 qu’il rejoint le Parti de l’action pour le Liberia (Lap), dont il élu président en 1992.

Wesley Johnson, chef du Parti du Peuple Uni, a été désigné comme vice-président de Gyude Bryant. Il est lui aussi inconnu sur la scène internationale.