Guy Lumumba marche pour la paix


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Une Marche pour la paix en Afrique, principalement dans la région des Grands Lacs, est organisée samedi à Paris. Parmi les initiateurs : Guy, fils cadet de Patrice Lumumba, qui se sert de son nom pour appeler ses frères à la réconciliation régionale.

Guy Lumumba sort de l’ombre. Ce gestionnaire de formation est l’héritier discret de la mémoire de son père, assassiné le 17 janvier 1961 à l’indépendance de la République Démocratique du Congo (RDC). Il battra le pavé parisien samedi, aux côtés de ressortissants congolais, burundais et rwandais, le temps d’une marche pour la paix.

Afrik : Vous êtes le petit dernier du clan Lumumba…

Guy Lumumba : Les livres d’Histoire, le plus souvent écrits par des Occidentaux, ne retiennent que quatre enfants Lumumba mais nous sommes cinq. J’étais encore dans le ventre de ma mère quand mon père a été assassiné. Je suis né trois mois après sa mort. Contrairement à mes frères et à ma soeur, exilés en Egypte pendant 33 ans, je suis resté 20 ans au Congo au sein de la grande famille de mon père. On m’y a transmis son histoire et sa mémoire. Je parle les quatre langues du pays, j’en connais la mentalité.

Afrik : C’est pour cela que vous êtes à l’origine de cette Marche pour la paix en Afrique ?

Guy Lumumba : Oui. J’ai organisé cette année la commémoration du 77ème anniversaire de mon père à Paris. Lors de cette manifestation, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que des Congolais. Des Burundais et des Rwandais était venus rendre hommage à la mémoire de Patrice Lumumba. Je ne pouvais plus les considérer comme des  » ennemis « . Je sais qu’il est difficile pour un Congolais de serrer la main à un Rwandais, un Burundais ou un Ougandais, c’est pourquoi j’ai décidé de prendre les devants et de mettre en place cette marche que nous ferons tous ensemble.

Afrik : Quelle est le but de cette marche ?

Guy Lumumba : Montrer au monde que nous sommes avant tout des Africains, que nous savons dépasser les querelles ethniques, et montrer à nos dirigeants politiques que nous sommes dans la rue, ensemble. Si nous pouvons faire que les Ougandais, les Rwandais, les Congolais et les Burundais s’entendent à l’extérieur de leurs pays, qu’ils se comprennent ici et marchent côte à côte, ce sera déjà beaucoup. J’espère aussi que cette marche me permettra de rentrer en RDC.

Afrik : Depuis quand n’y êtes-vous pas retourné ?

Cela fait 21 ans que je suis en exil à Paris. Je ne suis retourné dans mon pays ni sous Kabila père ni sous Kabila fils. Je vais dans tous les pays de la sous région sauf le mien ! La diaspora congolaise est comme moi. Nous savons que notre pays est riche et nous voulons y retourner. Nous attendons. Je n’ai jamais rencontré un Congolais qui soit heureux de vivre à l’étranger. Peut-être que je me sacrifierai pour que les autres rentrent au pays.

Afrik : Avez-vous des ambitions politiques ?

Guy Lumumba : La politique ne m’intéresse absolument pas. Je suis neutre, je n’appartiens à aucun parti, à aucune association, je me présente en tant que citoyen congolais. Ce que je veux, c’est étudier les opportunités qui s’offriront à mon pays et travailler auprès de mon peuple, mais je ne fais pas de politique. C’est la première fois aujourd’hui que j’apparais en public et ceci pour encourager la paix entre les peuples. Je dois transmettre ce message à mes frères congolais, je veux qu’ils parlent avec leur coeur.

Afrik : Que pensez-vous des espoirs de paix suscités par la signature de l’accord entre Paul Kagame, président du Rwanda, et Joseph Kabila, président de la RDC, en juillet dernier à Pretoria ?

Guy Lumumba : Avant 1996, les peuples de la région des Grands Lacs vivaient en paix. Les Congolais peuvent aider les autres pays de la sous-région à régler leurs problèmes internes, ce qui pourra amener une paix durable. En République Démocratique du Congo, nous avons 452 ethnies et pas seulement deux, Hutu et Tutsi, comme au Burundi et au Rwanda. Nous, Congolais, pouvons les aider à dépasser l’ethnicité, les ramener dans un contexte de fraternité et dans un effort commun pour aller vers l’apaisement. Je pense que la paix ne s’installera pas durablement sans réconciliation et pardon national dans chacun des pays.

Afrik : Qu’entendez-vous par  » pardon national  » ?

Guy Lumumba : Il faut que les dirigeants demandent pardon au peuple. Les quatre pays concernés sont aux mains des militaires. Les militaires ne peuvent pas apporter la paix. Depuis l’indépendance, nous n’avons eu jamais eu la liberté de choisir nos dirigeants.

Afrik : Vous sentez-vous investi d’une mission particulière parce-que vous vous appelez Lumumba ?

Guy Lumumba : Je me sers de l’héritage de mon père pour venir en aide aux autres. Le Rwanda et le Burundi ont été colonisés par la Belgique. Quand je vais dans les villes de ces pays, il y a toujours une rue qui porte le nom de mon père. Ma carte de visite est un sésame. Par le biais de ce nom-là, je peux faire dialoguer, pacifier les esprits. Je vais aller encore plus loin. La Belgique a proposé la création d’une Fondation Lumumba dotée de 3,75 millions d’euros et gérée par notre famille, pour promouvoir la démocratie et prévenir les conflits dans la région. J’y prendrai part.

Afrik : La Belgique a reconnu son rôle dans l’assassinat de votre père, plusieurs livres sont sortis sur le sujet. Considérez-vous que sa mémoire a été totalement réhabilitée ?

Guy Lumumba : Le gouvernement belge a reconnu cette année sa responsabilité  » morale « . C’est déjà ça. Nous nous sommes dit, mes frères et moi, qu’enfin une partie de la vérité était apparue. Mais nous attendons qu’un gouvernement congolais responsable soit instauré pour ester une action en justice afin de déterminer toutes les circonstances de sa mort. Nous avons des enfants mais nous ne savons pas leur dire comment il est mort. Nous n’arrivons pas encore à leur parler.

Marche pour la paix et contre les guerres, en Afrique, et principalement dans la région des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, R.D. Congo) le 21 septembre à 15 heures, de la place de la République à la place de la Bastille à Paris.

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