Guinée : Toumba Diakité, l’homme à abattre

Quatre jours après l’attentat contre le leader de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, les autorités, représentées désormais par le général Sékouba Konaté, alias « Le Tigre », cherchent toujours à neutraliser le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, auteur de la tentative d’assassinat. Des coups de feu ont été entendus pendant toute la nuit d’hier au camp Koundara, siège de la garde présidentielle dirigée par « Toumba », au quartier Boulbinet, centre administratif de Conakry.

Notre correspondant en Guinée

« A cause de la psychose, on n’arrive plus à dormir une fois la nuit tombée. On s’attend toujours à des représailles à Koundara [siège de la garde présidentielle, ndlr]. S’il y avait un moyen de déplacer notre maison, je l’aurais fait… », nous a confié ce matin une jeune femme du quartier Boulbinet où se trouve le camp Koundara, situé juste derrière la radio télévision guinéenne-RTG au centre-ville.

Que s’est-il réellement passé au camp Koundara ? Difficile d’y répondre. Une seule certitude : des coups de feu y ont retenti pendant toute la nuit. Pourtant, Aboubacar « Toumba » Diakité, l’ex aide-de-camp du capitaine Moussa Dadis Camara, qui est censé y être retranché en compagnie de ses hommes du Bataillon autonome de la sécurité présidentielle (Basp), unité d’élite de l’armée guinéenne, est toujours dans la nature. Samedi, il avait affirmé à l’AFP qu’il se mouvait comme bon lui semblait. «Je suis en lieu sûr. J’ai une bonne partie des hommes avec moi. Je suis en Guinée, libre de mes mouvements.», avait-il déclaré.

Dans un communiqué diffusé samedi sur les antennes des médias d’Etat, la junte propose une forte récompense à celui dont la contribution va aider à la capture d’Aboubacar « Toumba » Diakité. Et hier, dimanche, le chef d’Etat major général des armées, au nom du ministre de la Défense nationale, a mis à la disposition des citoyens des numéros verts dans le but de faciliter son arrestation ainsi que celle de ses hommes. L’armée accuse Tomba Diakité d’avoir fomenté un coup d’Etat. Selon Chérif Idriss, ministre conseiller de Dadis: « Toumba avait annoncé au talkie walkie: “on a tué le président, le pouvoir est dans ma main, je suis le nouvel homme fort du pays”».

« Le Tigre » aux commandes

En attendant le retour du Maroc du chef de la junte qui souffrirait d’un traumatisme crânien après avoir été atteint par une balle de fusil mitrailleur, c’est le numéro 2 de fait de la junte, le général Sékouba Konaté, ancien ministre de la Défense, qui assure l’intérim, selon le ministre de la Communication. Surnommé Le Tigre, à cause des actions menées le long des frontières sud et sud-est de la Guinée entre 2000 et 2002 contre des bandes armées venues de Sierra Leone et du Liberia, le général Sékouba Konaté, ancien commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), est l’officier supérieur le plus redouté de la junte.

Selon le ministre des Affaires étrangères, Alexandre Cécé Loua, qui se trouve actuellement au chevet de son patron, Moussa Dadis Camara, le chef de l’Etat se porte de mieux en mieux. Joint hier soir à partir de la radio nationale, il a annoncé que Dadis va faire un petit discours à la nation d’ici deux à trois jours. Mais aucune date n’a encore été fixée pour son retour en Guinée.

A Conakry, la vie a repris son cours normal, mais la psychose est toujours perceptible. « Je sors actuellement pour chercher de quoi nourrir la famille, sinon avec la situation actuelle je serais resté encore à la maison si j’avais un peu de provisions », nous confiait Cissé, un jeune enseignant, ce matin.

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