Guinée : Le Premier ministre limogé, craintes pour la stabilité

Le 20 mai, le président Lansana Conté a démis de ses fonctions son Premier ministre Lansana Kouyaté, soutenu par la communauté internationale, nommant à sa place Ahmed Tidjane Souaré, son allié de longue date, une mesure qui fait craindre une nouvelle tourmente politique et sociale.

Ce changement, imposé par décret présidentiel, a été annoncé au journal du soir, à la télévision publique, occasionnant des troubles et des manifestations à Kankan, une ville de l’est guinéen essentiellement peuplée par les membres de l’ethnie de M. Kouyaté.

Des manifestations violentes, étouffées par les forces de l’ordre, ont été signalées dans les quartiers de Madina et Matoto, à Conakry, mais aucun décès n’a été recensé jusqu’ici.

Les observateurs s’attendaient à ce que le président Conté maintienne M. Kouyaté dans ses fonctions au moins jusqu’aux élections législatives de décembre 2008.

« Certaines rumeurs qui circulaient dans les journaux laissaient entendre que cela pourrait arriver, mais cela reste une surprise », a indiqué à IRIN Mohamad Diane, membre de l’opposition politique. « On ne sait pas si cela donnera lieu à une nouvelle crise ».

Au lendemain de l’annonce, le 21 mai, boutiques et commerces étaient ouverts à Conakry et dans les autres centres urbains, à l’exception de Kankan, où, selon les déclarations des habitants, les boutiques avaient fermé et l’atmosphère était tendue.

M. Kouyaté, ancien diplomate international, avait été nommé Premier ministre en février 2007, dans le cadre d’un accord négocié par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour mettre un terme à plusieurs semaines de manifestations et de grèves meurtrières, provoquées par le coût élevé de la vie ; des événements qui avaient abouti à un appel au retrait du président Conté, au pouvoir depuis 24 ans.

Mobilisés par de puissantes unions syndicales et les leaders de l’opposition, les Guinéens sont descendus dans la rue cinq fois entre 2006 et 2007 ; en 2008, en revanche, aucune manifestation n’a eu lieu, malgré une hausse plus importante encore du coût de la vie.

« Aujourd’hui, le mouvement syndical est affaibli et factionnalisé », selon un analyste, qui n’a pas souhaité être nommé, « et il a été en partie coopté par le gouvernement ».

Hadja Rabiatou Sérah Diallo, un des principaux leaders du mouvement syndical, a refusé de livrer ses commentaires à IRIN ; il a toutefois déclaré que les syndicats feraient une déclaration officielle « une fois qu’un nouveau gouvernement serait formé ».

Pour sa part, la population a exprimé de la déception à l’égard de M. Kouyaté. « Après 15 mois au pouvoir, il n’a pas vraiment instauré de vrai changement », a déclaré Alpha Oumar Sy Savané, consultant en commerce international. « C’est vrai qu’il a amélioré les relations avec les institutions de Bretton Woods, mais dans d’autres domaines, tels que l’eau ou l’électricité, la situation est pareille qu’avant, voire pire. Et le coût de la vie est bien plus élevé ».

Oumou Barry, fonctionnaire, partage l’avis d’Alpha Oumar Sy Savané ; pour lui, il est temps d’adopter une nouvelle approche. Nombreux sont ceux qui approuvent la décision de M. Conté, a-t-il affirmé.

« Les gens attendent de voir ce qui va se passer », a déclaré un diplomate occidental, à Conakry, sous le couvert de l’anonymat. Quant aux bailleurs de fonds internationaux, ils avaient commencé à consacrer davantage de fonds au pays ; et d’autres promesses de subventions avaient été formulées, qui reposaient sur la réussite et la transparence des élections législatives de décembre.

Le représentant d’un pays donateur européen en Guinée a déclaré qu’il était encore trop tôt pour savoir quelles conséquences aurait le limogeage du Premier ministre. « Les bailleurs de fonds se consultent et collaboreront au cours des prochains jours pour décider des mesures à prendre », a-t-il indiqué.