Guinée : Imam Nanfo Diaby interpelle Alpha Condé

Imam Nanfo Diaby

Persécuté dans son propre pays pour sa croyance religieuse, le très controversé imam Ismaël Nanfo, qui fait parler de lui à Kankan pour ses prières en langue N’Ko (Malinké), a des disciples qui lui restent fidèles. D’ailleurs, il ne manque pas d’arguments pour expliquer pourquoi il fait la promotion de la prière dans « nos langues que nous comprenions ». Lui qui a été « interdit de parler au nom de l’islam » par la plus haute autorité religieuse et interdit de faire prier des fidèles en public a vu sa mosquée détruite. Il interpelle ainsi le Président Alpha Condé, quant à l’application de la loi en Guinée.

L’imam Ismaël Nanfo Diaby a célébré la tabaski, vendredi, à l’image de tous les musulmans du monde, même s’il n’est pas considéré en Guinée comme un fidèle de cette religion. « Elle démontre la solidarité entre les musulmans. C’est à cette occasion que les fidèles se pardonnent, se saluent et c’est une tradition du prophète Mohamed (PSL). Le prophète a déclaré que Dieu nous a donné deux grandes fêtes. Il s’agit de la fête de Ramadan et celle de Tabaski. Et la fête de Tabaski est plus grande que la première. Ce qui est préoccupant et qui me désole autour de la célébration de cette fête, c’est le fait que dans les mosquées et autres lieux de prière, les prières doivent se faire dans nos langues maternelles pour que les fidèles comprennent qu’aujourd’hui c’est un jour d’adoration, un jour de reconnaissance envers Dieu. Mais tout ça se dit en arabe. Ceux-là qui le disent ne comprennent pas arabe, ils ne savent pas ce qu’ils disent », a-t-il indiqué dans une interview accordée à Guinee114.com.

Comme il lui a été interdit de parler au nom de l’islam et par crainte d’aller se confronter avec d’autres dans les lieux de prières, l’imam Ismaël Nanfo Diaby est resté chez lui pour prier avec ses fidèles, le jour de cette fête de Tabaski. « Moi, je vois ça comme un abus et une ignorance des principes. Pour moi, l’autorité qui gère toutes les religions doit rester un garant pour toutes les religions. Mais interdire l’une au profit d’une autre, je ne savais pas que cela était conforme au principe de laïcité de notre pays. C’est une décision avec laquelle je ne suis pas d’accord. Il y en a qui nous disent que la Guinée est un pays laïc, mais la religion musulmane n’est pas laïque. La religion, c’est quelque chose qu’on a en commun. Dès que deux personnes ne pratiquent plus la religion de la même manière, c’est que vous n’êtes plus de la même religion. Ici, s’agissant de l’islam, il y a les wahhabites, les tidjanites, les sunnites et les chiites. Ceux qui les pratiquent sont tous des musulmans, mais chacun pratique la religion différemment. Maintenant, si vous dites qu’il faut forcement prier en arabe et nous, nous disons qu’on peut prier dans toutes les langues, c’est que nous ne sommes plus ensemble, nos chemins ont pris des directions différentes », a martelé l’imam Ismaël Nanfo.

Par ailleurs, il demande au Président Alpha Condé qu’il veille sur l’application de la loi sur la laïcité en Guinée. « Je demande à la première autorité de la Guinée, le Président Alpha Condé, qu’il veille à l’application de la loi. Quand il est au courant d’actes qui violent la loi, il doit se prononcer. Parce que nous sommes vraiment victimes d’un abus en Guinée. Les chefs se sont coalisés pour nous combattre. C’est son préfet qui a été le premier à m’emprisonner. Tout le monde est témoin. Le gouverneur est allé me libérer sans me donner les motifs. Puis, il a dit que je peux prier dans ma mosquée, mais je ne dois pas faire la promotion de ma langue. Et que je ne dois pas faire prier les gens. Le gouverneur a aussi dit que si nous voulons prier en mandinka, il faudra d’abord que les députés votent une loi autorisant cela. C’est ma première fois d’entendre de pareilles choses : dire que les députés doivent voter une loi pour dire comment prier. Nous demandons au Président Alpha Condé de mettre les gens sur le chemin de la loi, qu’il leur dise la vérité », a-t-il ajouté, tout en expliquant que prier dans leurs langues maternelles, ne veut pas dire qu’ils détestent la langue arabe.