Guinée : Dadis Camara plie mais ne cède pas

Dadis Camara, le chef de la junte au pouvoir à Conakry, a assuré dimanche qu’il allait coopérer avec la commission d’enquête de l’Onu chargée de faire la lumière sur la répression sanglante de la manifestation de l’opposition, fin septembre dernier à Conakry. Mais alors que l’Union Africaine le presse de s’engager par écrit à ne pas se présenter à l’élection présidentielle de janvier prochain, il a demandé au président Burkinabè Blaise Compaoré d’inscrire sa candidature au menu de la médiation qu’il mène, au nom de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Par ailleurs, après avoir joué la carte de la transparence, la junte se montre hostile à la presse.

Face à l’accentuation des pressions de la communauté internationale, Dadis Camara plie, mais n’entend pas céder à toutes les exigences. Dimanche soir, le chef de la junte au pouvoir à Conakry s’est dit favorable à une enquête internationale, qui doit faire la lumière sur la répression d’une manifestation pacifique de l’opposition, qui avait coûté la vie le 28 septembre dernier dans un stade de Conakry, à plus de 150 personnes, selon des organisations humanitaires. Il en a donné l’assurance au Secrétaire général adjoint de l’Onu aux affaires politiques, Haïlé Menkerios, arrivé dimanche dans la capitale guinéenne, et qui doit en repartir lundi. « Le premier ministre et le président m’ont assuré qu’ils sont prêts à coopérer avec cette commission d’enquête », a indiqué dimanche soir à l’AFP l’émissaire de l’Onu, à sa sortie du camp militaire Alpha Yaya Diallo, siège de la junte. Un peu plus d’une semaine après la manifestation réprimée dans le sang, Dadis Camara avait annoncé la mise en place d’une commission d’enquête nationale, constituée de trente-et-un membres. Une idée rejetée par l’Onu favorable elle, à une enquête internationale indépendante.

Dadis Camara candidat à l’élection présidentielle ?

Dadis Camara n’entend cependant pas abandonner la partie. Dans une lettre envoyée dans la nuit de samedi à dimanche, il a demandé au président Blaise Compaoré d’inscrire sa candidature à l’élection présidentielle, parmi les points qui feront l’objet de sa médiation. Une démarche contradictoire aux sommations internationales. Réunis en sommet extraordinaire consacré aux problèmes guinéen et nigérien à Abuja, la capitale nigériane plus tôt le même jour, les chefs d’Etats de la CEDEAO avaient exhorté le chef d’Etat Burkinabè, à œuvrer pour rétablir le dialogue entre les acteurs politiques guinéens, en vue de « s’assurer que ni le président et les autres membres du CNDD, ni le Premier Ministre de même que ceux qui occuperont des postes de haute responsabilité dans la nouvelle autorité de transition ne seront candidats aux prochaines élections présidentielles ». Un renforcement de l’ultimatum adressé par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine jusqu’à samedi à la junte, pour qu’elle s’engage par écrit à ce qu’aucun de ses membres ne soit candidat à la prochaine élection, comme Dadis Camara l’avait lui-même promis, lors du coup d’Etat du 23 septembre 2008.

Embargo sur la vente d’armes

Les chefs d’Etats de la CEDEAO ont également décidé d’imposer un embargo à la Guinée, sur la vente d’armes légères et de petit calibre ainsi que les munitions et matériels connexes. Ils ont aussi suggéré la mise en place d’une nouvelle autorité de transition, pour « assurer une transition courte et pacifique vers l’ordre constitutionnel par des élections crédibles, libres et transparentes ». Toutes mesures destinées à pousser la junte vers la porte de sortie.

Ainsi mise au ban de la communauté internationale, la junte souhaite désormais protéger son image. En fermant la porte à la presse. Six journalistes français des chaines de télévision France 2 et France 24 ont été refoulés samedi à l’aéroport de Conakry, alors qu’ils souhaitaient couvrir la crise guinéenne. Selon Reporter sans frontière (RSF), plusieurs journalistes guinéens, travaillant pour la presse locale ou correspondant pour des médias internationaux ont de leur côté reçu des menaces de morts. Il leur est reproché de « donner des informations aux étrangers », selon RSF.