Guinée : Condé-Kouyaté, une alliance imprévisible ?

La signature, lundi, d’une union pour le second tour des présidentielles en Guinée entre Lansana Kouyaté, du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), et l’outsider Alpha Condé, du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), en a surpris plus d’un. Tentative d’explication sur les tenants et les aboutissants de cette alliance.

Bien rares étaient ceux qui auraient pu imaginer que l’ex-Premier ministre Lansana Kouyaté soutiendrait Alpha Condé pour le second tour de l’élection présidentielle. En effet, les deux hommes apparaissaient comme des ennemis de toujours. Événement le plus récent en date, peu avant le premier tour du 27 juin dernier, Condé était allé jusqu’à affirmer qu’un griot ne pouvait pas diriger le pays, en référence à l’appartenance de Kouyaté à cette caste.

Autre exemple illustrant les tensions qui pouvaient exister avant le premier tour entre les deux hommes, la publication d’un article intitulé « Attaques du PEDN contre Alpha Condé » sur le site internet officiel du RPG. Dans ce pamphlet, le RPG accuse vigoureusement le PEDN de colporter des ragots et présente Lansana Kouyaté comme un manipulateur. Il y a quelques semaines, Alpha Condé avait eu des mots très durs pour les anciens ministres du président Conté dont Kouyaté a fait parti, les rendant notamment « responsables du chaos guinéen ». Mais dans une interview du 3 août accordée à RFI, Kouyaté s’était dit « ne pas s’être senti visé » par cette attaque.

Les divergences idéologiques apparaissaient aussi comme assez flagrantes. Le site guinee58.com souligne que tandis que Lansana Kouyaté prônait le rassemblement et allait faire campagne dans les quatre coins de la Guinée, Alpha Condé n’avait pas fait campagne dans la moitié de la région du Foutah (Tougué, Koubia, Lélouma, Koundara, Mali, Dinguiraye,…).

Kouyaté vise le long terme

Lors de la cérémonie de signature de l’alliance, Lansana Kouyaté a expliqué que son choix avait été guidé en priorité par « le vote de nos militants consultés à la base, à l’intérieur et à l’extérieur du pays ». Mais peut-être pas seulement. En effet, comme nous le confie Gilles Olakounlé Yabi, économiste et analyste des dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest, l’ex-Premier ministre n’avait finalement pas tellement le choix. Le PEDN est un parti jeune et une alliance avec le RPG avant la proche tenue des élections législatives (qui doivent avoir lieu après le dénouement de ces présidentielles) lui permettrait de garder une place prépondérante dans le paysage politique guinéen. Enfin, l’aspect ethnique et régional ne peut être négligé dans ce rapprochement. Kouyaté et Condé sont tous deux originaires de Haute-Guinée, région malinké. De plus, Alpha Condé, du fait de son âge avancé, devrait bientôt laisser la place vacante, et il est fort probable que grâce à cette alliance, Kouyaté devienne le nouvel homme fort de Haute-Guinée.

Verdict pas avant le 22 août

Même si, mathématiquement, Cellou Dalein Diallo de l’Union des Forces Démocratiques en Guinée (UFDG) est favori pour le second tour après son union avec Sydia Touré de l’Union des Forces Républicaines (UFR), la nouvelle alliance Condé-Kouyaté compte sur la faible participation du premier tour pour créer la surprise. En effet, seulement 1,8 millions de Guinéens sur 4,2 millions d’électeurs potentiels sont allés voter au premier tour. La Commission Electorale Nationale Indépendante a annoncé que le second tour devrait avoir lieu le 22 août.

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