Guinée : 200 000 réfugiés dans le bec de canard

Le HCR est sans nouvelles de 200 000 réfugiés errant dans cette langue de terre à la frontière de la Sierra Leone et du Liberia. En cas de nouvelle offensive, ils seraient pris en tenaille entre troupes guinéennes et rebelles.

Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) s’inquiète du sort de quelque 200 000 réfugiés libériens et sierra-leonais coincés dans la zone de Guékédou. Surnommée  » Le bec de canard « , cette langue de terre en territoire guinéen qui s’enfonce aux confins de la Sierra Leone et du Libéria est interdite d’accès pour des raisons de sécurité.

Lors des récentes attaques de la rébellion venue du Libéria et de la Sierra Leone, 370 000 réfugiés auraient quitté la région située entre Guekédou et Kissidougou où les combats entre forces régulières guinéennes et les  » assaillants  » auraient atteint un rare degré de violence. Dans la panique, tout un chapelet de camps dressés entre les deux villes attaquées se sont retrouvés vidés de leurs occupants. Voire, détruits.

Bombardements aveugles

Récemment équipée d’hélicoptères de combats ukrainiens (les MI 24), pilotés par des mercenaires, l’armée guinéenne aurait pilonné les positions adverses avec acharnement.  » C’est vrai qu’ils n’ont pas fait dans la dentelle « , reconnaît sur place une source du HCR.

Bâches retirées

Bilan des combats de décembre : au moins 200 morts. Mais aucun bilan officiel chez les réfugiés. Pour le moment. Sachant que l’armée guinéenne bombarde de loin et est donc incapable de faire la distinction entre attroupements de réfugiés et  » bandits armés « , il risque pourtant d’être lourd. Les destructions constatées par les équipes du HCR de trois camps de réfugiés dont celui de Baladou (80 km au Nord de Gueckédou) ne sont pas pour rassurer les équipes de l’organisme international.  » Les locaux étaient brûlés, mais les bâches avaient été retirées, ce qui laisse à penser que les réfugiés ont eu le temps de faire leurs paquets avant de partir. Par ailleurs, les autorités guinéennes ont affirmé qu’elles avaient retardé leur offensive dans la zone de Yende pour leur laisser le temps de quitter les parages. En outre, les témoignages recueillis par nos équipes font état de harcèlements, de rançonnages mais pas de massacres et d’exécutions sommaires « , nuance Ibrahim Diane, l’un des porte-parole du HCR dans la région.

Le HCR, sans nouvelles depuis lundi des 370 000 réfugiés, a toutefois pu retrouver la trace de  » 60 000 à 120 000 d’entre eux  » :  » Certains se trouvent à Faranah, d’autres ont quitté Massakoundou pour faire marche vers Guekédou et Nyaedou « , affirme M. Diane.

Attention le RUF recrute

Mais en cas d’  » attaque rebelle, les 200 000 réfugiés qui errent dans  » le bec de canard  » seraient pris en étau entre les adversaires  » s’inquiète le responsable de l’organisme international. Inquiétudes d’autant plus justifiées que de nombreuses rumeurs font état de  » recrutements  » de la part du Front uni révolutionnaire (RUF – rebelles sierra-léonais qui constitueraient le fer de lance des groupes armés attaquant la Guinée). Quand on connaît les méthodes du RUF pour engager de nouvelles troupes (exécutions sommaires, mutilations), le mot  » recrutement  » prend ici une funeste signification.

Pris par l’urgence, les équipes du HCR tentent aujourd’hui d’identifier de nouvelles zones d’accueil autour du centre de transit de Faranah. Par ailleurs, en une semaine, 861 réfugiés sierra-léonais ont été rapatriés par un bateau affrété par le HCR. Une mesure qui ne fait pas l’unanimité chez les bailleurs de fonds de l’organisation dépendant de l’ONU. Certains estimant que les conditions de sécurité en Sierra Leone ne sont pas réunies pour organiser un tel retour. Presque tout l’Ouest du pays et plus de la moitié des préfectures du pays sont encore tenues par la soldatesque du Front révolutionnaire uni.