Guide pratique des insultes en Afrique

En Afrique, les insultes servent à régler les différends et à se taquiner. Tour d’horizon des injures les plus en vogue du continent . Attention, certaines expressions peuvent choquer les internautes les plus sensibles.

Espèce de… ! Dans certains pays africains, le lâcher d’insultes fait figure de sport national. Les lieux de prédilection pour faire déferler ces flots d’injures sont les débits de boisson, les marchés ou au volant. Une queue de poisson ou un accrochage et c’est parti pour une série de noms d’oiseaux qui feraient pâlir d’envie le Capitaine Haddock [[<*>Le Capitaine Haddock est l’un des plus fidèles amis du héros de bande dessinée Tintin]].

Touche pas à ma mère !

Arrive en tête des « insulteurs », la tranche d’âge 15-25 ans qui utilise des termes vulgaires pour se taquiner. Des termes qui, sortis du contexte de camaraderie, pousserait certains à en venir aux mains. Première cible : la mère, sacralisée dans la plupart des pays africains. Certaines expressions sont récurrentes, à l’image de « ta mère con » : manyiidnebiiga en moré (dialecte burkinabé), kina ya mama yako en swahili ou encore libolo ya mama mayo en lingala. « Le cul de ta mère » est aussi très répandu : liki to mama en créole mauricien ou tissa ana ianaken arabe tchadien. Au Maroc, une insulte encore plus dégradante est utilisée : din mouk l’kèlba, qui signifie la religion de ta mère la chienne. Insulter la mère, c’est frapper là où ça fait mal. Mais les pères ne s’en sortent pas indemnes. L’insulte qui revient le plus souvent est fils de chien, traduite en fon (Bénin) par avouvi ou omon adja en yoruba.

Les adultes optent en général pour des expressions comme imbécile, malhonnête, individu, bâtard ou malade mentaldont l’impact est bien plus fort qu’en Occident. On n’entend dans la bouche des Marocains zamame (pédé) ou qahba (pute). Dans les cas extrêmes, un mot ne suffit plus. On passe à une expression du type : bikelboun (enfant élevé par les chiens).

La gent féminine africaine évite les injures grossières. Encore très pudique, elle s’en prend volontiers au physique en cas de joute verbale. Les Marocaines ont d’ailleurs un faible pour les commentaires relatifs au postérieur. Mais elles s’attaquent rarement aux hommes. « Si une femme insulte un homme, il arrive qu’il rétablisse son honneur, qu’il estime atteint, en la frappant », raconte un citoyen tchadien. Entre eux, les hommes ne se privent pas de faire référence à la moindre infirmité (jambe plus courte que l’autre, œil mal-voyant) pour s’invectiver.

Quand les parents insultent les enfants

Et comment oublier le tout aussi puissant tchrou (écouter le son en bas de l’article). Ce dont le sens dépend du contexte et de la vigueur avec lesquels elle est faite. Elle n’a donc pas de signification précise. Mais chaque personne à qui il est adressé sait généralement à quoi s’en tenir. Expression de mépris et de dédain, il fait parfois valeur d’avertissement. Autant pour les adultes que pour les enfants. Ces derniers ont droit à des injures affectives de la part de leurs géniteurs. Les parents béninois et togolais disent gbevouvi, synonyme de petit bandit en langue mina, quand un bambin ne se tient pas tranquille. Au Burkina Faso, lorsqu’un rejeton fait une bêtise, on le qualifie de zaanre. Un vocable moré qui désigne le placenta et qui équivaut à vaurien.

Les insultes, c’est donc pour tout le monde et à tout bout de champ. Sauf au Tchad. Et pour cause : une injure mènerait l’offensé à « dégainer un couteau », commente notre Tchadien. Les injures circulent en fonction de critères sociologiques. Et ne jure pas comme un charretier qui l’on pourrait croire. « Le citoyen lambda insulte peu. Contrairement aux érudits qui se qualifient notamment de ‘salaud’. Mais toujours de façon amicale », souligne notre contact. Les insultes ne sont pas prêtes de disparaître du langage tchadien. Dans le milieu des années 90, un projet de loi destiné à interdire les noms d’oiseaux a été rejeté. Une polémique avait été soulevée par les intellectuels qui craignaient ne plus pouvoir s’amuser des termes incriminés.