Guerre Iran 2026 : quelles conséquences sur les prix à la pompe en Algérie, en Tunisie et au Maroc ?


Lecture 6 min.
Une station-service
Des pompes dans une station-service

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran fin février 2026 et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, les cours du pétrole ont bondi avant de refluer légèrement après l’annonce d’un cessez-le-feu le 8 avril. Si le choc énergétique touche l’ensemble de la planète, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc n’y font pas face de la même manière. Entre subventions, libéralisation et fragilité budgétaire, le Maghreb central révèle trois modèles très différents.

Un choc pétrolier d’un genre nouveau

La guerre déclenchée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué ce que le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a qualifié de plus important choc d’approvisionnement en énergies fossiles de ces dernières décennies. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, a été fermé de facto par l’Iran, entraînant une flambée immédiate des prix.

Le Brent a bondi de plus de 30% en quelques semaines, franchissant la barre des 110 dollars le baril en mars avant d’atteindre des pointes proches de 140 dollars. Depuis le 8 avril avec l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre Washington et Téhéran, incluant une réouverture progressive du détroit, les prix ont reculé autour de 95 dollars. Mais les marchés restent nerveux car dans le Golfe, les tensions demeurent élevées et nul ne sait si la trêve tiendra durablement.

Pour les pays du Maghreb, la question est désormais de savoir comment absorber ce choc sans fragiliser davantage des économies déjà sous pression.

Algérie : le bouclier du pouvoir d’achat

L’Algérie fait figure d’exception au Maghreb. Pays producteur et exportateur d’hydrocarbures, elle ne subit pas le choc de la même manière que ses voisins. Au contraire, la hausse des cours internationaux se traduit mécaniquement par une augmentation de ses recettes d’exportation, ce qui offre à l’État une marge budgétaire supplémentaire.

Côté pompe, les prix restent parmi les plus bas du monde grâce à un système de subventions. Depuis le 1er janvier 2026, le litre d’essence sans plomb s’affiche à 47 dinars, soit environ 0,30 euro, le gasoil à 31 dinars, soit 0,20 euro, et le GPL-c à 12 dinars. Cette hausse modeste de 1 à 2 dinars par litre, décidée par l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), relève d’un ajustement annuel et non d’une répercussion de la crise iranienne.

L’automobiliste algérien est donc largement épargné, du moins à court terme. Cette protection a un coût budgétaire, puisque l’État absorbe l’essentiel de l’écart entre le prix réel et le prix à la pompe, mais compensé par la hausse des recettes liées aux exportations d’hydrocarbure. L’Etat algérien fait donc directement profiter sa population des effets des rentrées fiscales suppélmentaires.

Maroc : la flambée à la pompe

C’est au Maroc que l’impact est le plus visible. Le Royaume, importateur net de la quasi-totalité de ses besoins en hydrocarbures, a libéralisé les prix des carburants en 2015. Les ajustements s’effectuent deux fois par mois en fonction des cotations internationales des produits raffinés et du taux de change. Résultat : chaque secousse sur les marchés mondiaux se répercute presque immédiatement à la pompe.

Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le Maroc a connu deux hausses brutales en l’espace de quinze jours. Le 16 mars, le gasoil a bondi de 2 dirhams par litre et l’essence de 1,44 dirham. Le 1er avril, nouvelle salve : +1,70 dirham pour le gasoil et +1,57 dirham pour l’essence. Au total, en deux semaines, le gasoil a augmenté de 3,70 dirhams et l’essence de 3,01 dirhams.

Le litre de gasoil s’affiche désormais autour de 14,50 dirhams, soit environ 1,35 euro, et celui d’essence à 15,50 dirhams, soit 1,45 euro. Le Conseil de la concurrence a renforcé sa surveillance du marché, tout en mettant en lumière une transmission asymétrique des prix. En effet, les hausses sont répercutées plus vite que les baisses. La Fédération nationale des associations du consommateur a tiré la sonnette d’alarme, estimant que les ménages marocains ne peuvent continuer à absorber seuls ces ajustements successifs.

Le gouvernement a dû intervenir en urgence, avec un effort budgétaire estimé à 1,6 milliard de dirhams par mois selon le ministre chargé du Budget, Fouzi Lekjaa. L’effet domino redouté, du carburant au transport, du transport à la logistique, de la logistique aux prix à la consommation, est déjà amorcé. Pour un pays déjà sous tension économique, la peur d’un nouveau mouvement de protestation de la GEN Z 212 pousse le gouvernement a renforcer la repression.

Tunisie : la vulnérabilité la plus forte

La Tunisie se trouve dans une situation particulièrement périlleuse. Importateur net de pétrole, le pays avait bâti sa loi de finances 2026, comme le Maroc, sur l’hypothèse d’un baril à 63,3 dollars. Un pari qui apparaît désormais déconnecté de la réalité. Chaque dollar supplémentaire au-dessus de cette hypothèse coûte environ 160 millions de dinars au Trésor public tunisien. Avec un baril qui a évolué entre 95 et 140 dollars depuis le début du conflit, le déficit imprévu pourrait atteindre 7 milliards de dinars.

Le pays s’approvisionne principalement en Azeri Light, brut de référence d’Azerbaïdjan, qui a dépassé les 128 dollars le baril en mars. Les prix à la pompe, fixés par l’État et ajustés périodiquement, se situent autour de 2,50 dinars le litre pour l’essence, soit environ 0,75 euro, et de 2,20 dinars pour le gasoil. La Tunisie a déjà procédé à plusieurs ajustements à la hausse depuis le début de l’année, mais le mécanisme d’ajustement trimestriel peine à suivre la volatilité des marchés.

Ce qui frappe les observateurs, c’est surtout l’absence de réponse institutionnelle à la mesure de la crise. Alors que certains pays de la région ont déjà activé des dispositifs de sobriété ou de protection budgétaire, la Tunisie n’a mis en place ni cellule de crise ni plan de sobriété énergétique. Plus surprenant encore, le covoiturage, qui pourrait contribuer à réduire la consommation de carburant, reste passible d’amendes de 600 à 700 dinars. La menace ne se limite d’ailleurs pas au carburant : céréales, médicaments et fertilisants transitant par le Golfe pourraient aussi venir à manquer.

Le cessez-le-feu annoncé le 8 avril offre un répit, mais rien ne garantit qu’il tiendra. Si le détroit d’Ormuz reste sécurisé et que les hostilités cessent durablement, un retour du baril dans une fourchette de 90 à 100 dollars est envisageable. Dans le cas contraire, un scénario à 150 voire 200 dollars le baril n’est pas à exclure.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News