Guerre au Mali : troublant mutisme des chefs d’Etat de la Cedeao


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Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) se réunissent ce mercredi à Yamassoukro pour parler du Mali. Ils n’ont effectué aucune déclaration depuis le début de l’intervention militaire de la France au Mali. Un silence troublant qui révèle leur malaise.

Un silence troublant. A quoi jouent les chefs d’Etat la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ? Pourquoi sont-ils aussi silencieux depuis l’intervention de la France au Mali. Alors que l’initiative de Paris a été unanimement soutenue à l’international, aucun d’eux n’a réagi.

Seul le président béninois Yayi Boni a salué l’engagement de la France au Mali, affirmant qu’il était « aux anges ». « Je voudrais absolument, au nom du continent, exprimer notre gratitude à la République française, à son président, à son gouvernement, à tout le peuple français, qui ont su apprécier (…) la gravité de la situation », a-t-il déclaré, début janvier.

Les dirigeants de l’organisation ouest-africaine, eux, se terrent dans leur mutisme. Ni Alassane Ouattara, président en exercice de la Cedeao, ni Macky Sall, ou encore Blaise Compaoré, ne se sont exprimés sur la guerre au Mali.

Organisation désorganisée

Un mutisme qui n’a rien d’étonnant, selon le Guinéen Lanciny Camara, président de l’Union internationale des journalistes africains : « Les chefs d’Etats de la Cedeao n’ont rien à proposer. Ils sont en état de panique ! Ils sont désorganisés et ne savent plus quoi faire ni quoi dire ! J’espère que l’on va tirer les leçons de ce qui s’est passé au Mali pour redresser la situation sécuritaire dans la région ».

Un silence révélateur du profond malaise des dirigeants de l’organisation ouest-africaine, pris de cours par le choix de François Hollande d’envoyer rapidement des troupes au Mali pour mettre un terme à la progression des islamistes vers Bamako.

Multipliant les réunions et sommets d’urgence après l’éclatement de la crise malienne, la Cedeao, au départ divisée sur la question, n’a jamais trouvé la bonne formule pour faire face à la situation dans laquelle se trouvait le Mali. Ce qui explique en partie le temps qu’elle a mis à réagir pour se pencher concrètement sur le conflit.

Le Tchad réclame l’envoi des troupes de la Cedeao dans le nord

Les chefs d’Etats de l’organisation ouest-africaine se sont à nouveau donnés rendez-vous ce mercredi, à Yamassoukro, la capitale politique ivoirienne. Un sommet auquel l’Algérie a été convié. Au menu, la situation du Mali, où les combats font rage. Plusieurs contingents africains envoyés par la Cedeao sont sur place. A terme, près de 8000 hommes devraient être déployés dans le cadre de la Mission internationale au Mali (Misma).

Le chef d’Etat tchadien Idriss Deby, qui s’est rendu également au sommet de la Cedeao à Yamoussoukro, a appelé la force ouest-africaine et l’armée malienne à accélérer leur déploiement dans le nord du Mali pour combattre avec les soldats français et tchadiens les groupes islamistes. « L’heure n’est plus aux discours (…) mais plutôt à l’action, l’ennemi n’attend pas », a-t-il dit à l’ouverture d’un sommet. « Nous appelons l’état-major de la Cedeao à plus de célérité en accélérant l’envoi des troupes dans la zone libérée, a-t-il affirmé, appelant aussi les soldats maliens à rejoindre le Nord », selon l’AFP.

La Cedeao, elle, réclame plus de financement pour pouvoir mener à bien son intervention au Mali. Le ministre des Affaires étrangères ivoirien Charles Koffi Diby a affirmé mardi lors d’une réunion de l’organisation ouest-africaine, à Abidjan, que les « exigences d’une guerre asymétrique ou d’usure que les narcoterroristes, dans leur activisme, pourraient engendrer le relèvement des effectifs ».

« Critiques violentes de Yoweri Musevini »

Mal entrainées et mal équipées, les troupes de l’organisation ouest-africaines ne sont pas encore prêtes à combattre sur le champ de bataille. D’ailleurs, le 20 janvier dernier, le président de la Commission de la (Cedeao), Désiré Kadré Ouédraogo, avait fait état de leur manque de moyen, réclamant au moins une aide de 500 millions de dollars pour une intervention militaire.

Une incapacité de la Cedeao à défendre ces territoires violemment critiqué par le président ougandais Yoweri Musevini, lors d’un entretien accordé à la BBC : « Le fait que les africains ne puissent pas défendre leur propre territoire, je trouve cela honteux. C’est honteux qu’on fasse appel aux français ou autres. A quoi servent les Armées africaines? Le Mali est indépendant depuis 50 ans et le pays est dirigé par des hommes en uniforme. A quoi sert cette Armée si elle ne peut pas défendre le pays? »

Une diatribe remise en cause par le président ghanéen John Dramani Mahama, qui argue que les difficultés économiques des Etats africains leur contraignent de concentrer « leurs dépenses sur les accès à la santé et à l’éducation de leurs populations ». Des populations qui demandent aussi à être protégées par leurs dirigeants. Seulement, ces derniers ne sont pas en mesure de répondre à une telle exigence dans la plupart des pays du continent.

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