Guayas, la province des Afroéquatoriens

Selon une étude, la population afrodescendante la plus importante du pays (216 922) vit à Guayas. Ils sont également très nombreux à Esmeraldas et Imbabura.

Pour Lorgio Banguera, la vente de cocadas ne constituait pas une opportunité d’avancer dans la vie. Pendant plus de quinze années, il a parcouru les plages et les rues d’Esmeraldas, jusqu’au jour où il décida de changer de métier.

Cet afrodescedant déménagea avec sa femme et ses deux enfants à Guayaquil. “Nous avons pris cette décision car nous pensions qu’il y avait plus d’opportunités d’emploi dans les grandes villes”.

Il ya maintenant quatre années qu’il vit à Guasmo et sa situation n’a pas changé.

Après avoir vécu l’expérience d’arrimeur sur les marchés, il s’est dit qu’il était mieux de revenir à la vente de cocadas. “Je n’ai pas obtenu un bon emploi, et à présent je parcours les rues de Guayaquil avec mon produit”.

Les processus de migration interne ont changé la carte de la population du pays au point de faire de la province de Guayas la terre d’accueil du plus grand nombre d’afrodescendants.

Telle est la conclusion d’une étude réalisée par le Système d’Indicateurs Sociaux du Peuple Afroécuatorien (Sispae), publié cette semaine à Esmeraldas lors de la rencontre des Droits Humains de la Population Afrodescendante de l’Équateur.

Selon cette enquête, on retrouve à Guayas 216 922 noirs, un nombre supérieur à celui des provinces d’Esmeraldas (153 746), d’Imbabura (16 492) et de Carchi (8 291). 4,97% des 12 156 608 d’équatoriens sont afrodescendants.

Selon Olfa Reinoso, coordinatrice régionale de la Fédération des Organisations et des Groupes Noirs de Pichincha (Fognep), la diffusion de ces chiffres est un grand pas qui permettra de commencer à penser à des projets de développement en faveur de cette ethnie. “Le problème c’est que le manque d’indicateurs nous a rendu invisibles en tant que peuple ”.

Concernant la situation de l’enfance et de l’adolescence, les chiffres sont également préoccupants. À Esmeraldas par exemple, trois enfants Noirs sur 100 meurent avant d’avoir atteint l’âge de six ans à cause de la malnutrition et à la santé.

Pour Ketty Valencia, présidente de la Fédération Unitaire des Quartiers d’Esmeraldas, cet indicateur n’est qu’une preuve de la marginalisation et de la pauvreté qui touche la population noire de l’Équateur.

“Dans les communautés rurales, il n’ya pas de dispensaires médicaux, dans les écoles il n y a pas de matériel didactique et nous n’avons aucune autre option que de travailler dans l’agriculture”, assure la dirigeante.

Cela est patent dans les communautés comme Santa Ana (Mira), où les femmes doivent marcher de longues heures pour emmener leurs enfants malades au dispensaire de La Concepción.

“C’est un véritable drame. Mon petit Bryan (trois ans) est tombé malade récemment et alors qu’il souffrait, je marchais très vite. Je croyais que j’allais le perdre. Ça lui a causé une forte colique”, raconte Arsenia Congo.

Paulino Nazareno, dirigeant du canton San Lorenzo (Esmeraldas) indique que l’analphabétisme est un des autres problèmes qui les touche. Selon lui, dans les zones rurales, le nombre d’enseignants est insuffisant et l’infrastructure éducative est déplorable.

Cristin Munduate, représentante du Bureau de l’Unicef en Équateur explique que pour faire une analyse de la situation des Afrodescendants, il faut tenir compte d’un aspect : ceux qui vivent dans leur propre communauté n’ont pas les mêmes besoins que ceux qui ont émigrés vers Quito et Guayaquil par exemple.

Dans le premier cas, les besoins sont historiques, comme le manque de services de base, et dans le deuxième cas, les problèmes sont liés au chômage, à la violence et au racisme.

Pour l’instant, Banguera ne pense pas retourner à Esmeraldas. Une des raisons qu’il évoque est que ses enfants sont déjà inscris dans une école Guayaquil. “Ici, la situation est plus difficile, quand les gens de chez moi me disent qu’ils veulent venir, je leur dis qu’il est mieux de rester là-bas, où ils ont au moins beaucoup de connaissances.”.

Emilio Maldonado a une opinion semblable, lui qui s’est installé à La Bota (Quito) depuis Avril 2001. “Je suis venu ici, attiré par la ville, mais c’est une fausse illusion”.