Grippe aviaire : la maladie chez l’homme

La grippe aviaire et l’homme ? Le virus nourrit les plus vives inquiétudes en ce qui concerne sa transmission de l’animal à l’homme. Certains en sont déjà morts. Une mutation du H5N1 pourrait générer une catastrophe sanitaire planétaire sans précédent. L’Organisation mondiale de la santé revient sur l’historique de la maladie chez l’homme et sur les différentes sources d’infection possibles.

Par l’OMS

Le H5N1 transmissible à l’homme ? Certains en sont déjà morts mais pour l’heure la transmission n’est aujourd’hui pas aussi automatique. Les virus grippaux ont normalement une grande spécificité d’espèce, ce qui signifie que, lorsqu’ils infectent une espèce en particulier (homme, certaines espèces d’oiseaux, porcs, chevaux, phoques), ils se limitent à elle et provoquent rarement des infections chez d’autres espèces. Depuis 1959, l’infection humaine par un virus grippal aviaire n’a été établie qu’à 10 reprises. D’après ce que nous savons, sur les centaines de souches de virus grippaux aviaires A, quatre seulement ont provoqué des infections humaines : H5N1, H7N3, H7N7 et H9N2. En général, l’infection humaine par ces virus n’entraîne que des symptômes légers et une maladie bénigne, à une exception notable près : le virus H5N1 hautement pathogène.

De tous les virus grippaux en circulation dans les populations aviaires, le plus préoccupant pour la santé humaine est le virus H5N1, principalement pour deux raisons. Premièrement, c’est celui qui a provoqué le plus grand nombre de cas humains très graves et le plus grand nombre de décès. Il a franchi la barrière des espèces à au moins trois reprises au cours des dernières années : à Hong Kong en 1997 (18 cas, dont 6 mortels), à Hong Kong en 2003 (deux cas, dont un mortel) et lors des flambées actuelles qui ont commencé en décembre 2003 et ont été reconnues pour la première fois en janvier 2004.

Un virus en mutation

La seconde raison, de loin la plus préoccupante, est le risque que le virus H5N1 puisse, s’il en a l’occasion, acquérir les caractéristiques nécessaires pour déclencher une nouvelle pandémie de grippe. Le virus remplit toutes les conditions requises sauf une : la capacité de se transmettre efficacement et durablement d’une personne à l’autre. Si à présent le virus H5N1 est celui qui inquiète le plus, on ne peut écarter complètement la possibilité que d’autres virus grippaux aviaires, connus pour infecter l’homme, puissent être à l’origine d’une pandémie.

Le virus peut améliorer sa transmissibilité interhumaine par deux mécanismes principaux. Le premier est un réassortiment, le matériel génétique étant échangé entre les virus humains et aviaires au cours de la co-infection d’un sujet humain ou d’un porc. Le réassortiment peut aboutir à un virus pandémique pleinement transmissible que révèle une augmentation subite du nombre de cas avec une propagation galopante.

Le second mécanisme est un processus plus progressif de mutation adaptative, la capacité du virus à se fixer aux cellules humaines augmentant au fil des infections successives de sujets humains. Une mutation adaptative s’exprimant dans un premier temps par des groupes restreints de cas humains avec des indices de transmission interhumaine donnerait probablement à la communauté internationale le temps de prendre certaines mesures défensives.

Première flambée d’infections humaines en 1997 à Hong Kong

Au cours de la première flambée documentée d’infections humaines par le virus H5N1, qui s’est produite à Hong Kong en 1997, les 18 cas humains ont coïncidé avec une flambée de grippe aviaire hautement pathogène provoquée par un virus quasiment identique dans les élevages de volailles et les marchés d’animaux vivants. Des études approfondies des cas humains ont établi que des contacts directs avec les volailles malades étaient à l’origine des infections. Les études menées sur les membres des familles et les contacts sociaux des patients, les soignants qui se sont occupés d’eux et les personnes chargées de l’abattage des volailles n’ont mis en évidence qu’une propagation interhumaine extrêmement limitée, voire nulle. Les infections humaines ont disparu après la destruction rapide, en trois jours, de toutes les volailles de Hong Kong, soit 1,5 million d’oiseaux selon les estimations. Certains spécialistes pensent que cette mesure drastique aurait permis d’éviter une pandémie de grippe.

A ce jour, tout porte à croire que le contact étroit avec des oiseaux malades ou morts est la principale source d’infection humaine par le virus H5N1. L’homme est particulièrement exposé au risque pendant l’abattage, la plumée, la découpe et la préparation des oiseaux infectés pour leur consommation. Dans quelques rares cas, on pense que la source d’infection est l’exposition des enfants à des déjections de poulets lorsqu’ils ont joué dans des endroits où les volailles sont élevées en liberté. Une autre source d’exposition pourrait être le fait de se baigner dans des nappes d’eau où des carcasses d’oiseaux infectées ont été jetées ou qui pourraient avoir été contaminées par des déjections de canards ou d’autres oiseaux infectés. Dans quelques cas, l’enquête n’a pas pu mettre à jour de source plausible d’infection, ce qui donne à penser qu’il existe encore des facteurs environnementaux inconnus qui entraîneraient une contamination pour un petit nombre de cas. Quelques explications ont été avancées, comme le rôle éventuel d’oiseaux péridomestiques, pigeons par exemple, ou l’utilisation de déjections d’oiseaux non traitées comme engrais.

La barrière de l’espèce heureusement toujours là

Pour l’instant, la grippe aviaire H5N1 reste avant tout une maladie des oiseaux et la barrière d’espèce reste un obstacle important : le virus ne la franchit pas facilement pour infecter l’homme. Malgré l’infection de dizaines de millions de volailles sur de vastes zones géographiques depuis la mi-2003, on a confirmé moins de 200 cas humains en laboratoire. Sans que l’on sache bien pourquoi, la plupart des cas se sont produits dans des foyers ruraux ou périurbains ayant de petites basses cours. Toujours pour des raisons inconnues, on a enregistré très peu de cas dans les groupes présumés à haut risque : éleveurs de volailles, personnes travaillant dans des marchés d’oiseaux vivants, personnes chargées de l’abattage, vétérinaires, personnel soignant s’occupant des patients sans l’équipement de protection adéquat. On reste également perplexe devant la concentration inexpliquée de cas chez l’enfant ou le jeune adulte en bonne santé jusque-là. Il faut d’urgence conduire des recherches pour mieux définir les circonstances des expositions, les comportements et peut-être les facteurs génétiques ou immunologiques susceptibles de renforcer la probabilité de l’infection humaine.

(…) A ce jour, tous les cas humains ne se sont pas produits à la suite d’une exposition à des oiseaux domestiques morts ou visiblement malades. Les études publiées en 2005 ont montré que les canards domestiques peuvent excréter de grandes quantités de virus hautement pathogène sans présenter le moindre signe de maladie. Des antécédents de consommation de volailles dans un pays affecté ne constituent pas un facteur de risque, dans la mesure où la nourriture a été soigneusement cuite et si le sujet n’a pas participé à la préparation du repas. Aucun cas de transmission interhumaine efficace n’ayant pu être établi à ce jour dans quelque endroit que ce soit, le fait de se rendre simplement dans un pays où l’on observe des flambées aviaires et des cas humains sporadiques n’expose pas le voyageur à un risque accru d’infection, dans la mesure où il ne va pas visiter des marchés de volailles vivantes, des élevages ou d’autres environnements dans lesquels il pourrait être exposé à des oiseaux malades.

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