Grippe aviaire: Et s’il y avait catastrophe…

Aucune contamination inter humaine du virus H5N1 de la grippe aviaire n’a été jusque-là observée à travers le monde. Si tel était le cas, l’Organisation mondiale de la santé estime que la pandémie pourrait tuer jusqu’à 450 millions de personnes à travers le monde.

De notre partenaire L’Economiste

Le fléau de la grippe aviaire risque d’atteindre des proportions apocalyptiques s’il franchit le virage culminant de la contamination inter humaine. Les experts de l’OMS estiment dans leur scénario catastrophe le nombre de décès à travers le monde entre 150 et 450 millions parmi le milliard de personnes qui seraient touchées par la pandémie. La question fatidique d’aujourd’hui, pour les experts et les instances internationales dont l’OMS, est non de savoir si la pandémie surviendra mais plutôt quand elle gagnera progressivement la planète. Les médecins du travail marocains ont préféré lever les opacités sur le sujet, lors de leur réunion à Casablanca le 25 février. Ils ont imaginé le scénario d’une pandémie éventuelle de la grippe aviaire et estimé ses conséquences socioéconomiques sur l’humanité.

En effet, le tournant de la pandémie découlerait du glissement génétique émanant de l’interaction entre la version humaine et aviaire du virus, créant ainsi une nouvelle version inconnue du système immunitaire humain. Le danger de ce nouveau virus réside dans la combinaison de l’extrême virulence de la version aviaire, et la grande capacité de contamination de sa forme humaine. «Le virus change habituellement tous les vingt ans. Sa dernière mutation remonte à 1968, ce qui augmente la probabilité de nouvelle action du genre de nos jours», explique Pr. Benaouda, professeur de virologie et de microbiologie à la faculté de médecine de Rabat. Aucun cas de contamination interhumaine n’a été, cependant, détecté jusqu’à présent.

Plus de 50% de cas mortels chez l’homme

Dans sa version humaine, le virus de la grippe aviaire ne transite guère par le sang. Il n’est détectable que sur l’arbre respiratoire de la victime. Les symptômes apparaissent dans une période comprise entre 1 et 7 jour, sachant que le sujet infecté pourrait contaminer son entourage 24 à 48 heures avant la manifestation de la maladie. La contamination interhumaine se traduirait par l’inhalation des gouttelettes infectées émises par les personnes contaminées.

«En se basant sur l’historique des anciennes épidémies, une nouvelle pandémie de grippe se déroulerait en deux vagues de 3 à 9 mois séparées par une trêve d’environ 6 mois. La modernisation des moyens de transport et de transmission déclencherait une contamination continue ponctuée par des pics de propagation», explique Pr. Taoufik Fassy Fihriy, chef du service pneumologie du CHU Ibn Sina. La gravité du fléau est accentuée par le taux de létalité énorme qu’il provoque. 54% des cas recensés jusqu’à présent ont trouvé la mort (92 cas parmi les 170 cas déclarés). La propagation d’une telle pandémie profiterait de la virginité du système immunitaire humain qui se trouverait incapable de développer une résistance quelconque.

L’impact socioéconomique d’une telle catastrophe est pour le moins effrayant. La facilité de propagation éventuelle entre les humains annulerait tous les rassemblements publics. «Cette hypothèse provoquerait une restriction des déplacements et une perturbation du mode de vie sociétal», explique Pr Chakib Laraqui, professeur de pneumologie et président de la société marocaine des médecins du travail. Les services publics normaux (enseignement, commerce…) et les rassemblements publics seraient, de facto, paralysés. Les experts estiment le coût d’une telle catastrophe en France entre 71 et 166 milliards d’euros, sans parler des pertes pécuniaires générées par les décès.

Tamiflu une arme limitée

Les instances sanitaires de par le monde sont actuellement préoccupées par les stratégies de prévention et de traitement envisageables. Elles sont soumises à des contraintes terribles dont principalement l’impossibilité de prévoir un timing exact pour le déclenchement de la pandémie ni son ampleur éventuelle. Un vaccin ne pourrait être conçu qu’après la première vague (environ 6 mois), laissant le monde à la merci du fléau pendant ce temps-là. Le seul traitement, aussi bien préventif que curatif, disponible pour le moment se limite aux antiviraux et principalement le Tamiflu, médicament recommandé par l’OMS. Il dispose d’une durée de stabilité (entre la fabrication et la péremption) variant entre 5 et 10 ans. Cependant la capacité de stockage de ce produit diffère sensiblement entre le Nord et le Sud. Des interrogations surgissent également concernant la distribution et la répartition régionale des stocks nationaux. Rappelons que l’efficacité du Tamiflu se limite aux premières 48 heures de la contamination.

La prise en charge de ce fléau ne se limite pas au Tamiflu. Le port d’un masque hermétique (FFP3 efficace à 90% et FFP2 efficace à 60%), empêchant la propagation du virus est également de mise surtout pour les sujets à risque (personnel de santé et de sécurité). Le coût de Ces masques varie entre 40 et 65 dirhams et leur durée de vie est limitée à 8 heures.

Nouaim SQALLI