Gotha noir de France : le livre qui combat les préjugés par l’exemple

Le Gotha noir de France, présenté à Paris jeudi dernier, par Elie Nkamgueu, chirurgien-dentiste et président du Club efficience depuis 2008, veut rendre visibles les réussites de personnalités d’origines africaine et caribéenne au sein de la société française. A travers la présentation de plusieurs exemples concrets, le livre espère bousculer les idées reçues.

Bien peu visibles encore sont les Noirs dans les sphères décisionnaires en France. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à voir leurs parcours couronnés par une réussite exceptionnelle. Une réalité qu’entend contribuer à mettre en lumière le livre Gotha noir de France. Il dresse, dans sa première partie, la place qu’occupent les communautés noires dans la société française, avant de retracer 200 parcours d’excellence.

« Il y a une nécessité pour nos enfants d’avoir des modèles de réussites sociales noires », explique Elie Nkamgueu, président du Club efficience à l’origine de l’ouvrage. Aussi, ce dernier met-il, par exemple, en lumière les parcours de Malamine Koné, fondateur de la marque d’équipement sportif Airness, Audrey Pulvar, journaliste, ou encore Alain Mabanckou et Marie N’diaye, écrivains. Malgré les préjugés frappant les populations originaires d’Afrique et de la Caraïbe, ils se sont battus pour se hisser sur les plus hautes marches de leur profession, démontrant ainsi l’émergence d’une élite noire.

D’autre part, l’historien Dieudonné Gnammankou, spécialiste de la diaspora africaine en Europe, y présente des figures historiques telles qu’Aimée Césaire, Nelson Mandela, Martin Luther King et Gaston Monnerville.
Par exemple, « les écrivains Alexandre Dumas et Pouchkine ont des origines africaines, mais peu de personnes le savent, cette ignorance est due aux préjugés sur les communautés noires », affirme t-il.

Création d’une bourse

Le Club efficience, groupe de réflexion et d’initiatives économiques, réunit 150 personnalités afro-caribéennes. Son but est de créer des synergies socioprofessionnelles et de fournir des exemples aux jeunes issus de la diversité. Il regroupe les membres de divers corps de métier: médecins, journalistes, ingénieurs, chefs d’entreprises, experts comptables. Tous ont travaillé à l’élaboration de l’ouvrage. « Les enfants doivent savoir qu’ils peuvent être aidé par la société, insiste Elie Nkamgueu. Nous avons mis en place un système de bourse et un accompagnement personnalisé pour les aider à évoluer, c’est un moyen de réduire les inégalités d’accès à l’éducation». Cette bourse, financée par les droits d’auteurs du livre, est aussi une façon d’encourager et de soutenir ces jeunes, notamment ceux vivant dans des quartiers défavorisés, confrontés à des difficultés pour trouver leur place au sein de la société.

« Notre objectif n’est pas uniquement d’évoquer les réussites des sportifs, ou des artistes que les jeunes connaissent déjà, mais de révéler aussi les réussites de chefs d’entreprises, de chercheurs, de politiques », ajoute M. Nkamgueu. Lillian Thuram est, en effet, le seul sportif présenté dans le livre, la catégorie socioprofessionnelle la plus représentée étant celle des cadres, avec 48 noms. Gotha noir de France est également disponible en version numérique, ce qui, espèrent ses auteurs, devrait permettre aux jeunes d’y accéder plus facilement.

Jacques Marie Laffont, éditeur du livre, dit être très fier d’avoir travaillé sur ce projet. Selon lui, «2000 à 5000 exemplaires devrait être mis à la disposition du public». Nombre de parcours de réussite n’y figurent pas encore, mais le Club efficience entend enrichir régulièrement l’ouvrage qui fera l’objet de nouvelles éditions. Un moyen de combattre, par l’exemple, les préjugés et de palier le manque de visibilité de l’élite noire en France.

 Ghota noir de France« , Ed. Jacques-Marie Laffont, 368 pages, prix 29,90 ou 60 euros en édition de luxe. Sortie le 18 novembre.