Gondar, antique capitale de l’Ethiopie

Visite guidée d’une cité mythique d’une Abyssinie au temps de sa splendeur. Gondar, la Chrétienne. Gondar orientale et romane. Gondar la Rome d’Afrique.

En 1979, le site de Gondar et Fasil Ghebbi était inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial par l’Unesco : pendant un siècle et demi, à partir de 1636, cette cité royale a en effet été la capitale de l’Ethiopie, pendant l’une des périodes les plus riches de l’art de cet Etat. Même si l’effort du gouvernement éthiopien pour préserver les monuments de ce site est réel, son administrateur, Fasil Ayehu, en appelle aujourd’hui à « l’élaboration d’un plan directeur détaillé qui fixerait les priorités « , d’aménagement ou de restauration. (cf Revue Patrimoine Mondial, n°15, p.79)

Au vu des superbes vestiges architecturaux qui en sont conservés, il est possible d’imaginer ce que fut la vie artistique et le dynamisme créateur d’une civilisation mise à mal par son propre déclin, à partir de la fin du règne de Lyoas Adyam Tsagad, en 1769, et surtout par l’invasion des Madhistes venus du Soudan, en 1888.

L’âge d’or d’une dynastie

A partir de 1636, date à laquelle le roi Fasilidas choisit Gondar pour y installer sa capitale, tous les souverains éthiopiens successifs ont eu à coeur de bâtir dans ce lieu des demeures dignes d’eux : cette tradition qui peut paraître somptuaire léguait à l’avenir des bâtiments splendides, qui tiennent à la fois du château fort médiéval et des palais orientaux, et où l’épaisseur des murs de pierre s’ajoure gracieusement de balcons de bois et de grandes fenêtres romanes.

Tourelles, créneaux, donjons austères continuent d’évoquer les  » tuculs « , maisons circulaires construites en pierre et habituellement coiffées de chaumes. Est-ce la couleur de la pierre, bronzée par le soleil d’Ethiopie ? L’architecture défensive et ornementale qui se développe sur cette terre n’est véritablement comparable à aucune autre, même si la profusion des églises évoque la ferveur orthodoxe d’un peuple qui avait rejeté, en se révoltant, la conversion au catholicisme de son souverain Souseniyos, père de Fasilidas.

L’archéologue français Francis Anfray ancien directeur de la Mission française d’archéologie en Ethiopie, évoque ainsi la profusion des édifices qui illustrent encore la richesse de Gondar au temps de sa splendeur : « A l’ombre de genévriers, d’eucalyptus et de sycomores, Debra Berhan Selassié, une église aux parois intérieures recouvertes de peintures, dans un parc ceint d’un vaste mur à tourelles, à proximité d’un vaste bassin vraisemblablement aménagé pour les cérémonies traditionnelles de l’Epiphanie, un pavillon carré : «  les bains de Fasil « , à l’extérieur de la ville, sur une colline, les ruines du château de la reine Mentouab, que jouxte une église ronde : le couvent du Soleil…  »

Indiens et jésuites

Etonnante vision que celle du Fasil Ghemb, grosse masse de pierre quadrangulaire flanquée de tours rondes qui donnent à l’ensemble une forme courbe et souple : les coupoles de pierre qui coiffent les tours semblent répondre aux arcs romans des ouvertures, portes et fenêtres, solennellement et symétriquement disposées. Les créneaux qui au sommet de certains pans de murs révèlent les chemins de ronde atténuent à peine par leur menace silencieuse l’aspect avenant et aimable de l’ensemble.

La civilisation qui rayonna à partir de Gondar fut plus culturelle, spirituelle, artistique que militaire. Et pourtant ! Il n’est pas interdit de retrouver également, dans certains détails de construction, l’influence des techniques et des habitudes des artisans indiens d’Amérique du Sud, arrivés à Gondar dans les pas des jésuites, dont la présence matérialisait l’étroitesse des liens qui relièrent, depuis le milieu du XVIème siècle, le royaume éthiopien et le royaume portugais.

L’atmosphère de Gondar est aujourd’hui particulière, à la fois animée et secrète, à la fois contemporaine et à moitié emportée dans le passé, comme toutes les grandes capitales que l’histoire a un jour déchu de leur gloire, et qui en conservent, éternellement, comme un voile de nostalgie. C’est en tout cas un site unique, où l’on se laisserait facilement aller à rêver aux grandes heures d’une puissance perdue.

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