Golfe de Guinée : attention, pollution !

Le naufrage du pétrolier  » Peter  » au large du Gabon met en danger l’écosystème des pays riverains du Golfe de Guinée. Colère des populations riveraines dont la sécurité et les moyens de subsistance s’en trouvent menacés.

Le journal gabonais  » Le Cri du pangolin « ,  » Journal environnemental du bassin du Congo « , a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme dans son numéro de juillet-août : suite à l’échouage le 9 juin 2000 du cargo battant pavillon maltais, le  » Peter « , posé sur un banc de sable à une vingtaine de kilomètres des côtes gabonaises, une véritable marée noire les menaçait. Elle a depuis lors commencé à toucher les plages du golfe de Guinée.

Les 420 000 tonnes de fuel renfermées par les soutes du  » Peter  » ont donc commencé leur lente évacuation, constatée par un rapport commandé par le représentant de la Communauté Européenne, l’ambassadeur Carlo de Filippi, qui s’est très vite ému de cette situation. L’expertise, citée par le journal satirique de Libreville  » Le Scribouillard « , dans son édition du 25 août, parle d’une  » nappe de gas-oil en forme d’arc de cercle « , évoquant  » l’aspect brunâtre  » de la mer à cet endroit – ce qui dénote la présence de fuel lourd. Et le journal de conclure d’un ton faussement dégagé :  » Nous aurons du poisson et des crustacés de qualité nocive. De même, la plage sera virtuellement porteuse de maladies… Si la partie gabonaise a le profil bas, c’est qu’elle est totalement impuissante devant le sinistre…  »

Silence trompeur

Dans ce silence navré et navrant à la fois, la voix de l’ambassadeur Carlo de Filippi éclate avec d’autant plus de force : il parle de pompage des hydrocarbures, ou d’extraction du navire de son banc de sable. Il parle de la nécessité de faire payer la note au propriétaire du bateau, ou à défaut à son assureur. Mais le journaliste du  » Scribouillard  » est peu crédule à ses grandes déclarations :  » Seule préoccupation pour nous : s’il faut aller prendre l’armateur par le collet dans son lointain pays pour lui demander d’assumer ses responsabilités, cela prendra combien d’années-lumière ?  »

En attendant, dédommagement ou non, indemnité ou non, une chose demeure certaine : un sablier pollueur s’est égaré à quelques kilomètres des côtes gabonaises et il se dévide en oscillant sur son banc de sable, dispersant son pétrole nocif dans l’océan… Ce  » gros risque écologique joue paisiblement au yoyo dans la nature, plus précisément à quelques jets de pierre du cap Santa Clara.  » On imagine l’état d’irritation dans lequel une telle situation plonge les écologistes environnementalistes de la rédaction du  » Cri du pangolin  » :  » le Gabon n’est pas une poubelle pour les navires bons pour la casse. Encore moins un dépotoir de pétrole en vacance de propriétaire !  » Et le journal de s’indigner contre le fait que le  » Plan d’urgence national pour la lutte contre la pollution par les hydrocarbure et la lutte contre les déversements accidentels  » n’ait pas encore été promulgué… et reste ainsi sans efficacité !

N’importe, il va désormais falloir trouver des solutions pour juguler l’hémorragie noire des soutes du cargo ensablé, et, dans la transparence, informer la population des dangers liés la pollution marine… Car c’est tout l’écosystème du Golfe de Guinée qui souffrira, si rien n’est fait, de cette marée noire qui n’ose pas dire son nom…