
Le Ghana a accueilli, dimanche 7 juin 2026, un dernier groupe de 342 ressortissants évacués d’Afrique du Sud après une vague d’attaques xénophobes. Au-delà du rapatriement, Accra doit désormais réussir leur réinsertion et donner un contenu concret à sa promesse de protection de la diaspora.
Les 342 Ghanéens rapatriés d’Afrique du Sud ont foulé le sol national le 7 juin 2026 à bord du troisième vol d’évacuation mis en place par le gouvernement. À l’aéroport, ils ont été accueillis par plusieurs hauts responsables de l’État, notamment la vice-directrice de cabinet chargée de l’Administration, Nana Oye Bampoe Addo, le vice-ministre des Affaires étrangères, James Gyakye Quayson, ainsi que des représentants de la National Disaster Management Organisation (NADMO), de la National Youth Authority (NYA) et de la Ghana Airports Company Limited.
Mais derrière l’image rassurante d’un retour organisé, demeure la question de savoir que devient une politique de protection consulaire une fois les caméras de l’aéroport parties ? Pour Accra, l’enjeu n’est plus seulement de ramener ses citoyens au pays, mais de prouver que la diaspora, souvent célébrée comme une richesse nationale, peut aussi être accompagnée lorsqu’elle revient dans la douleur.
Des mesures d’accompagnement social annoncées
S’adressant aux 342 personnes rapatriées, Nana Oye Bampoe Addo a assuré que le gouvernement avait pris des dispositions concrètes pour faciliter leur retour et leur réintégration. Elle a indiqué que plusieurs mesures d’accompagnement social avaient été prévues, notamment des opportunités d’emploi et de formation professionnelle à travers le Programme national d’apprentissage.
Selon elle, les personnes intéressées pourront être inscrites par la National Youth Authority afin de bénéficier de formations qualifiantes et de perspectives d’insertion professionnelle. Elle a également annoncé que les évacués seront affiliés au régime national d’assurance maladie (NHIS) et bénéficieront d’un accompagnement pour l’obtention de la carte nationale d’identité ghanéenne.
Cette promesse de réinsertion constitue le véritable test de l’opération. Car un rapatriement réussi ne se mesure pas seulement au nombre de vols affrétés, mais à la capacité de l’État à empêcher que les évacués ne deviennent, une fois rentrés, des déplacés économiques dans leur propre pays.
Les rapatriés invités à garder espoir
De son côté, le vice-ministre des Affaires étrangères, James Gyakye Quayson, a invité les rapatriés à garder espoir malgré les épreuves traversées. Il a exprimé le souhait de voir l’Afrique du Sud renforcer ses relations avec les autres pays africains et a insisté sur l’importance du pardon dans le processus de reconstruction personnelle et collective.
James Gyakye Quayson a également encouragé les évacués à mettre à profit au Ghana la détermination, la résilience et l’esprit entrepreneurial dont ils ont fait preuve à l’étranger. Il a précisé qu’une base de données avait été constituée afin de faciliter leur accès aux différentes formes d’assistance prévues par l’État et ses partenaires.
Le message est de transformer une humiliation subie à l’étranger en récit de reconstruction nationale. Dans cette mise en scène du retour, le Ghana cherche aussi à reprendre la main sur une crise qui l’a d’abord placé en position de victime.
Enfin, il a souligné la contribution importante de la diaspora au développement du pays, rappelant que les Ghanéens de l’extérieur sont souvent considérés comme la « 17e région » du Ghana. Il a aussi réaffirmé la volonté du gouvernement de protéger les intérêts de ses citoyens où qu’ils se trouvent dans le monde.
L’expression prend ici un sens particulier. La « 17e région » n’est plus seulement celle des transferts d’argent, des investisseurs et des success stories migratoires. Elle devient aussi celle des vulnérabilités, des retours contraints et des citoyens que l’État doit protéger au-delà de ses frontières.
Reconnaissants envers les autorités pour les efforts déployés en vue de leur rapatriement, les évacués ont exprimé leur gratitude au gouvernement ghanéen. Ils se sont engagés à participer activement au développement de leur pays et à saisir les opportunités mises à leur disposition pour reconstruire leur avenir au Ghana.
Au total, 979 Ghanéens rapatriés
L’arrivée, dimanche 7 juin 2026 à Accra, d’un troisième groupe de 342 ressortissants ghanéens marque la fin de l’opération d’évacuation mise en place par le gouvernement du Ghana à la suite des récentes attaques xénophobes en Afrique du Sud. Au total, 979 Ghanéens ont été rapatriés en trois vagues successives.
Le premier contingent, composé de 297 personnes, est arrivé la semaine précédente. Un deuxième groupe de 340 ressortissants a atterri à Accra dans la soirée du samedi 6 juin, avant l’arrivée du dernier vol le lendemain.
Dans un premier temps, le gouvernement avait annoncé le retour volontaire d’environ 800 de ses ressortissants à bord de vols spécialement affrétés. Le nombre de personnes évacuées a finalement atteint 979.
L’ambassadeur sud-africain à Accra convoqué
Avant le lancement des opérations de rapatriement, le Ghana avait convoqué l’ambassadeur sud-africain à Accra afin d’obtenir des explications sur les informations faisant état d’agressions visant des citoyens ghanéens. Certaines des personnes rapatriées avaient également été placées au centre de rétention de Lindela pour des questions liées à leur statut migratoire.
Première économie industrialisée du continent africain, l’Afrique du Sud attire depuis plusieurs décennies des travailleurs venus de nombreux pays africains. Cependant, confronté à un taux de chômage supérieur à 30 %, le pays est régulièrement le théâtre de tensions sociales, de mouvements anti-immigrés et de violences xénophobes contre les communautés étrangères. Ce paradoxe nourrit une tension récurrente car l’Afrique du Sud demeure l’un des grands pôles d’attraction économique du continent, tout en devenant périodiquement le théâtre d’un rejet violent de ceux qui viennent y chercher du travail. À chaque flambée xénophobe, c’est l’idée même de solidarité africaine qui se trouve mise à l’épreuve.




