Ghana d’hier et d’aujourd’hui


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Le Musée Dapper consacre une superbe exposition au Ghana, pays d’Afrique encore trop méconnu en France. Balayant plusieurs siècles d’Histoire,  » Ghana d’hier t d’aujourd’hui  » permet de revenir aux traditions de l’ancienne Gold Coast et de découvrir toute la richesse de la création contemporaine. Incontournable.

Du Ghana, la France connaît encore trop peu de choses. Quand on pense à cette ancienne colonie britannique, coincée en sandwich entre la Côte d’Ivoire et le Togo, on pense immédiatement à l’or. Ce pays d’Afrique de l’Ouest n’était-il d’ailleurs pas appelé autrefois la Gold Coast ? L’exposition du Musée Dapper, Ghana d’hier et d’aujourd’hui, s’ouvre donc sur le travail de ce métal précieux, omniprésent et intimement associé à la personne de l’Asantehene, le roi des Asante, qui ne peut se montrer sans ses parures.

 » Cette première salle est consacrée au passé du Ghana et s’articule autour de trois éléments essentiels : l’or, le bronze et la terre cuite. Mais il faut savoir que certains objets en or que vous pouvez observer sont encore portés de nos jours « , explique Christiane Falgayrettes-Leveau, directeur du Musée Dapper et commissaire de l’exposition.

Poudre d’or

Aux côtés d’ornements sacrés et de bijoux délicats souvent investis d’une charge mystique, on admire les poids à peser l’or en bronze qui rivalisent d’originalité : tortues, scorpions, caméléons, couple se tenant les mains, personnage assis tenant une épée, ainsi que des boîtes à poudre d’or, cette dernière ayant été adoptée comme monnaie par tous les Etats akan, du XVIIIème au XIXème siècle.

Quant à la terre cuite, elle était utilisée pour les portraits funéraires akan : chaque fois qu’un chef akan ou qu’un personnage important mourait, on commandait à une femme  » experte et douée de clairvoyance  » une représentation en terre cuite du défunt qui permettait de raviver et d’entretenir le souvenir de la personne disparue. Les yeux, ouverts ou fermés, sont souvent proéminents, les plis de chair du cou sont mis en valeur et les bouches bien dessinées, ce qui permet d’apprécier les critères de beauté de la culture akan.

Le Musée Dapper s’est également attaché à montrer du Ghana sa face contemporaine. Avec, tout d’abord, les cercueils  » crabe  » et  » oignon  » de Samuel Kane Kwei. Ces cercueils décorés ont émergé dans les années 50, à Teschie, une banlieue d’Accra. Le jeune menuisier Samuel Kane Kwei aurait été le premier à créer, pour son oncle pêcheur, un cercueil en forme de baleine. Depuis, la réputation de cet art original a largement dépassé les frontières ghanéennes s’exportant jusqu’en Occident…

Dieu Tout-Puissant

Côté arts plastiques, Almighty God ( » Dieu Tout-Puissant « ) est l’une des figures les plus marquantes de la créativité contemporaine ghanéenne. Dans son atelier-boutique installé sur l’une des grandes artères de Kumasi, il mélange le dessin et l’écrit avec humour. Ces acryliques sur contre-plaqué oscillent avec talent entre tradition et modernité, Afrique et Occident, foi chrétienne et croyances autochtones. Suivent plusieurs toiles de Kwesi Owusu-Ankomah, peintre ghanéen vivant en Allemagne depuis 17 ans, exposé pour la première fois en France, et qui travaille sur le mouvement.

 » Je vois la dynamique du corps humain comme un médium de notre intelligence, de nos émotions, de notre spiritualité « , explique-t-il.  » Nous voyons le corps humain en mouvement dans la danse, le sport mais même quand le corps est statique, il y a du mouvement, même lorsque nous dormons ! Le mouvement, c’est l’essence la plus importante de la vie humaine.  »

Enfin, pour emporter un peu de ce Ghana riche et complexe, porté par une histoire et un présent passionnants, le Musée Dapper a édité un catalogue d’une rare beauté. Bilingue, il est enrichi par les contributions, savantes mais accessibles, des meilleurs spécialistes comme l’ethnolinguiste Christiane Owusu-Sarpong, l’historien d’art Nii Otokunor Quarcoopome, les archéologues James Robert Anquandah et Timothy Francis Garrard et l’artiste peintre Atta Kwami. Un ouvrage de référence comme il n’en existait pas encore.

 » Ghana hier t aujourd’hui « , du 7 mars au 13 juillet 2003

Musée Dapper, 35, rue Paul-Valéry – 75016 Paris

communication@dapper.com.fr

Ghana hier et aujourd’hui, collectif sous la direction de Christiane Falgayrettes-Leveau et de Christiane Owusu-Sarpong, éditions Dapper.

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