Georges Weah peut-il réussir ?

Décidément, la vie politique nous réserve de plus en plus de surprises. Georges Weah, l’enfant de Clara Town, un bidonville de Monrovia, est désormais le nouveau Président du Liberia. Nous avons connu à Madagascar un Disc-joker qui est devenu Président de la République. En Haïti, c’est un artiste musicien qui a été élu, chef de l’Etat. Le Liberia vient d’élire à la magistrature suprême, un ancien footballeur international. Dans ces trois exemples, on peut faire un même constat. Il s’agit de trois « stars » très connus dans leur pays respectif. Ils ne maitrisent pas les codes et les valeurs de la vie politique. A l’exception peut-être de Georges Weah, qui a été un temps sénateur. Cela suffira-t-il à faire de cet ancien footballeur, un chef d’Etat à la hauteur des attentes de son peuple ?

La voix de tous les sans voix

Les Présidents (Disc-Joker) à Madagascar et (l’artiste musicien) à Haïti n’ont pas été capables d’apporter des réponses aux difficultés et nombreuses attentes des populations de leur pays respectif. Ils ont tout simplement échoué par leurs incompétences politiques et leurs manques d’expériences. Alors qu’est-ce que Georges Weah pourra faire de plus qu’Ellen Johnson, pour satisfaire toutes ces nombreuses attentes et frustrations des populations Libériennes, notamment des plus démunies, qui mettent beaucoup d’espoir en lui. Ces femmes, ces hommes, ces jeunes et même ces enfants de rue des villes du Liberia, de ces ghettos « coupe-gorge » qu’il connait très bien pour y avoir grandi, attendent beaucoup de lui. Il est désormais « la voix de tous les sans voix » du pays. Cette situation accentue de fait sur le nouveau Président du Liberia, une forte pression qu’il doit gérer pour ne pas décevoir ces millions de sans-emplois, de sans logements, de sans couverture maladie, de sans éducation et même des « sans dents ».

Les forces et faiblesses du président Weah

Le nouveau Président Libérien, sans véritables expériences politiques, va hériter d’un pays tiré des antres de « l’enfer » par l’ancienne Présidente Ellen Johnson Sirleaf, après quatorze années de guerre civile qui a fait plus de 250 000 morts officiellement, mais encore à genoux. Le pays n’est pas encore stabilisé et cherche toujours les voies et moyens pour sa reconstruction, tant au niveau économique, que social, culturel, politique, mais surtout psychologique et moral. 64 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, 62 % des 15-24 ans n’ont pas achevé leurs études primaires et 31 % des Libériens souffrent de sous-nutrition. Georges Weah, qui se présente lui-même comme « un enfant des ghettos » de Monrovia et portant la voix « des sans voix », sait que la tâche ne sera pas facile. Il connait ses faiblesses. Parmi celles-ci, on peut citer par exemple, une faiblesse qu’il a transformée en véritable force pour gagner cette élection présidentielle. Il est issu des bidonvilles et sans éducation et n’est pas un « Congo ». C’est le nom donné à l’élite Libérienne descendant des esclaves affranchis américains et débarqués au Liberia entre 1816 et 1822. Considéré comme un « native », c’est-à-dire un Libérien d’origine, il s’est appuyé sur cette réalité sociologique pendant sa campagne électorale pour dénoncer cette « anomalie » politique et sociologique, qui a toujours porté au pouvoir un « Congo » pour diriger le pays, en dehors de Samuel Doe, qui s’y est installé par un coup d’Etat.

Manque d’expériences politiques

L’économie du pays et la classe politique toute entière sont dominées par les Congos. Avec quelle majorité parlementaire va-t-il gouverner ? Maitrise-t-il l’armée et les autres forces de défense et de sécurité du pays ? Après avoir si violemment critiqué et dénoncé la mainmise des « Congos » sur l’ensemble de l’économie, des administrations et de la vie politique et sociale du pays, trouvera-t-il les moyens politiques de se réconcilier avec ces derniers ? Tout le pays est miné par la corruption. Peut-il avoir le courage nécessaire pour s’attaquer à tout le système afin s’assainir le pays et le débarrasser de ce fléau qui plombe nos Etats africains ? Il n’a pas de puissants réseaux d’élus et d’hommes forts sur qui compter pour gouverner. Sa vice-présidente est désavouée pour son passé. Elle est l’ancienne épouse de Charles Taylor, aujourd’hui emprisonné à la Cour Pénal International (CPI). Pour gagner, il a dû lier des alliances politiques avec cette dernière qui a su exploiter les réseaux douteux de son ex-époux, ainsi qu’avec le tortionnaire Prince Johnson, au second tour. Ces alliances critiquées, peuvent se retourner un jour contre lui. Son manque d’expériences politiques, son absence de réseaux dans les milieux d’affaires, économiques, financiers nationaux et internationaux sont de sérieux handicaps qu’il doit arriver à surmonter pour mettre en application son programme de gouvernement qui est déjà sévèrement réprouvé. Il est considéré comme « un catalogue de bonnes intentions », juste bon à séduire les populations les plus défavorisées et les exclus de la société. Georges Weah sera confronté à de nombreux défis qu’il devra surmonter pour réussir ce challenge. Sera-t-il à la hauteur ?