Gbagbo veut saisir la Cour pénale internationale

Alors qu’Amnesty international publie un rapport accablant pour les rebelles du MPCI, les autorités ivoiriennes annoncent leur intention de saisir la Cour pénale internationale sur les exactions commises dans le pays. Une pure coïncidence selon le collectif des avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Dans un rapport publié mercredi, Amnesty international accuse des troupes rebelles du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) d’avoir exécuté, du 6 au 9 octobre à Bouaké, une soixantaine de gendarmes et une trentaine de leurs enfants. Début février, un rapport de l’Onu pointait déjà du doigt les exactions commises par les troupes rebelles comme par des éléments proches des autorités ivoiriennes, désignés comme  » escadrons de la mort « . Aujourd’hui, chaque camp assure que sa seule volonté est de permettre aux instances internationales d’enquêter. L’Etat de Côte d’Ivoire, par le biais de ses avocats, a fait connaître jeudi son intention de saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour faire la lumière sur les crimes commis dans le pays depuis le début de la crise. Le MPCI ne souhaiterait pas autre chose.

 » Je suis complètement surpris « 

Sidiki Konaté, le porte parole du MPCI, qui s’exprimait au micro de RTL, s’est déclaré  » complètement surpris  » par les accusations portées par Amnesty international à l’encontre de son mouvement. Les enquêteurs de l’association humanitaire assurent pourtant avoir rencontré à Paris le secrétaire général du MPCI, Guillaume Soro, ainsi que son porte parole, qui n’ont pas  » nié les faits « . Mais  » l’heure n’est pas à la polémique, affirme ce dernier, s’il y a des clarifications à faire, nous allons les faire en toute responsabilité ».

A Bouaké, le sergent Chérif Ousmane assure à l’AFP que les gendarmes tués l’ont été au cours de combats. Tout en précisant que ces accusations sont une  » manoeuvre politique  » destinée à détourner l’attention de l’enjeu principal de la crise : la constitution du gouvernement de réconciliation nationale. Quoiqu’il en soit, conclu le sergent Ousmane, l’application intégrale de ces accords est nécessaire  » pour que ceux qui veulent vraiment mener les enquêtes puissent venir enquêter (…) et que l’impunité s’arrête « .

Juger avec impartialité

Les autorités ivoiriennes n’en pensent pas moins.  » La situation de guerre que connaît la Côte d’Ivoire rend difficile le travail de sa police et de sa justice. De plus, les autorités pourraient se voir taxées de partialité en condamnant les éléments d’une partie prenante de la crise et pas de l’autre. C’est pour toutes ces raisons que l’Etat de Côte d’Ivoire, expliquent ses avocats, a décidé de saisir la CPI « . Ces derniers souhaitent que l’on cesse de brandir la menace d’une traduction devant les tribunaux internationaux,  » pour des raisons politiques, et non de Droits de l’Homme « .  » Tout cela pourrait se terminer devant les tribunaux internationaux « , avait menacé le président français Jacques Chirac en évoquant les escadrons de la mort. Un avertissement qui pour beaucoup visait le président Gbagbo.

La procédure prendra un peu de temps. La Côte d’Ivoire, qui a signé la Convention de Rome sans la ratifier, ne peut pas saisir directement le CPI. Seul le Conseil de sécurité de l’ONU, en son nom, pourra le faire. A moins qu’un gouvernement ne soit rapidement constitué et que la Convention de Rome ne soit ratifiée.