Gazon maudit

Dans tout le bassin méditerranéen, les pelouses des grands hôtels et des résidences dédiées au tourisme de masse sautent aux yeux. Un peu de vert au milieu du désert, comme c’est le cas au Maroc, en Tunisie ou en Egypte. Mais à quel prix ?

Elles charment la vue, attirent les touristes, donnent une belle image de leur pays. Elles s’étalent, grasses et opulentes, gavées d’eau fraîche et d’oligo-éléments, sur des terres pourtant faméliques. Dans tout le bassin méditerranéen, les pelouses des grands hôtels et des résidences dédiées au tourisme de masse sautent aux yeux. Un peu de vert au milieu du désert, comme c’est le cas au Maroc, en Tunisie ou en Egypte. Mais à quel prix ? L’organisation non gouvernementale qui se bat pour la protection de l’environnement, World Wide Fund for Nature (WWF), vient de sortir un rapport qui remet les choses en perspective, avant de partir en vacances. Le texte, intitulé « Eau et tourisme dans le bassin méditerranéen », fait aussi froid dans le dos qu’un jet d’eau glacée.

La Méditerranée est la région qui attire le plus de touristes au monde. Elle concentre 25% du tourisme international. Dans les années 90, une moyenne de 135 millions de personnes visitaient chaque année la côte méditerranéenne (tous pays confondus, de l’Espagne à la Turquie, en passant par le Maroc, l’Italie et Israël). Ce chiffre pourrait passer à 235 ou 355 millions en 2025. Or, si le touriste a soif de détente et de découvertes, il a surtout soif tout court. Et le tourisme de masse dans cette région représente le plus gros danger pour les réserves en eau des pays. Un touriste vivant à l’hôtel consomme trois fois plus d’eau par jour qu’un habitant local. Il engloutit entre 300 et 850 litres d’eau par jour pendant l’été… Sans compter ce qu’on appelle les « facilités touristiques » : piscines, pelouses verdoyantes et, dans le pire des cas, terrains de golf. Un green, entre 50 et 150 hectares, a besoin de 1 million de m3 d’eau par an. Soit l’équivalent de la consommation d’eau d’une ville de 12 000 habitants.

Le rapport appelle implicitement au boycott de ces pelouses de riches. Bonne idée ! Bien sûr, il n’est pas question de se priver de visiter la côte tunisienne ou de profiter de la Mer Rouge qui borde le Sinaï égyptien, mais, en tant que touristes, pensons aussi à des gestes simples, comme le fait de réduire le temps de nos douches. Ou, mieux encore, de ne pas laisser couler l’eau lorsqu’on se savonne. Selon WWF, avec une réelle prise de conscience du secteur touristique, des gouvernements et des touristes, et les actions qui vont avec, il serait facile de réduire de 50% la facture d’eau actuelle de la région méditerranéenne. Ça vaut le coup d’essayer. Essayons d’oublier les pelouses qui nous pompent l’eau ! Au moins pour éviter la douche froide qui nous attend dans 50 ans : des réserves à sec, des pays qui meurent de soif et des touristes qui iront voir ailleurs si l’herbe y est plus verte…

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