Galliano l’Africain

Vedette française de la musique électronique, Frédéric Galliano a créé son propre label, Frikyiwa, pour explorer les richesses inexploitées de la musique africaine. Le concept : enregistrer des artistes directement sur leurs lieux de vie en respectant l’intégrité artistique de leurs productions.

Afrique il y a, à Frikyiwa. Grand nom français de la musique électronique, Frédéric Galliano a décidé de se mettre au service de la culture africaine. Amoureux de l’Afrique, il a concrétisé en 2000 son projet de label dédié aux artistes du continent. Frikyiwa est né. A l’aide d’un studio mobile, il part directement au Mali, en Guinée et au Sénégal, à la rencontre de chanteurs et de musiciens qu’il enregistre sur place pour garder intacte toute l’authenticité de leurs talents. Six productions sont déjà dans les bacs. Militant humble d’une cause noble, Frédéric Galliano reste ébahi par la richesse d’une pépinière artistique largement inexploitée.

Afrik : Comment est née votre amour de la musique africaine ?

Frédéric Galliano : J’écoute la musique africaine depuis que je suis adolescent. Je me suis mis en tête de produire des artistes quand j’ai commencé à voyager en Afrique. J’ai vu qu’il y avait une richesse qui était là, qui n’était pas exploitée.

Afrik : Pourquoi avoir créé Frikyiwa ?

Frédéric Galliano : Le label est né de cette idée de faire la promotion des cultures d’Afrique noire au travers différents modes d’expressions, acoustique, électrique ou électronique. Frikyiwa est le nom d’une clave du Ghana, petit instrument en métal qui sert à rythmer le temps

Afrik : Combien de productions le label a-t-il à son actif ?

Frédéric Galliano : J’ai un assez gros catalogue. Il y a six albums qui sont déjà sortis et une quinzaine qui vont sortir sur les deux ou trois années à venir. Pour l’instant il y a principalement des artistes d’Afrique de l’Ouest : Guinée, Sénégal et Mali. Mais c’est un label ouvert aux cultures noires en général. J’espère que cela ira dans tous les sens et je compte découvrir d’autres horizons.

Afrik : Votre travail en électro et celui sur Frikyiwa sont-ils liés ?

Frédéric Galliano : Ce sont deux choses différentes. Sous le nom de Frédéric Galliano pour F Communication : c’est mon travail. Sous le nom de Frikyiwa : c’est le travail des autres.

Afrik : Quelle est votre approche artistique dans Frikyiwa quant à la musique africaine ? Est-ce que vous comptez faire, par exemple, des remix dancefloor à l’instar de personnes comme Bob Sinclar ?

Frédéric Galliano : Frikyiwa est avant tout un label dédié aux cultures d’Afrique noire, aux musiques principalement acoustiques ou électriques. Il se peut qu’il y ait des productions électroniques, des remix, mais en tout cas la production électronique pure reste du domaine de mon travail personnel sous le nom de Frédéric Galliano.

Afrik : Vous travaillez en Afrique avec un studio mobile. Est-ce que l’on peut avoir un résultat vraiment professionnel avec ce type de moyens?

Frédéric Galliano : Même si il est mobile, ce studio reste professionnel. Le son des albums Frikyiwa est un très bon son. On travaille dans des conditions professionnelles. D’ailleurs, je n’aurai jamais idée de sortir un album en amateur. Les studios que je monte sur les lieux de vie des artistes sont des studios plus rudimentaires. Enregistrer en dehors des studios fait partie de l’esthétique et de l’éthique du label. Et tout se passe bien à chaque fois.

Afrik : Avez-vous déjà été ébahi par la qualité artistique de certains artistes de Frikyia ?

Frédéric Galliano : Je le suis à chaque fois que je signe un artiste. Des claques, j’en prend plein ! D’autant plus que je vais toujours dans des coins reculés, en brousse par exemple. Il y a là bas 95% de ce qu’on entendra jamais ici.

Afrik : Comment choisissez-vous les artistes du label ? Un artiste comme Filifin par exemple ?

Frédéric Galliano : Filifin est un joueur de kamélé n’goni. Il était simplement venu jouer sur l’album de Ngou Bagayoko. Quand j’ai vu ses qualités, j’ai décidé de le produire. C’était tellement évident que je n’ai pas hésité une seule seconde. En une journée l’album était en boîte.

Afrik : Est-ce que, d’une manière générale, le son est beaucoup retravaillé en studio ?

Frédéric Galliano : Ça dépend, mais globalement non. Ce n’est pas dans l’éthique du label de passer trois heures sur un solo de guitare. Je suis intéressé par des artistes qui sont capables de faire du live, donc qui sont capables d’enregistrer leurs morceaux d’un trait. Ça amène un son particulier, à la fois frais et rugueux, aux albums. Pas forcément du toujours propre, mais en tout cas du toujours très vivant !

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