Gabon : un réseau de trafic de restes humains démantelé

La police judiciaire gabonaise a arrêté lundi neuf personnes soupçonnées de trafic de restes humains. La profanation des tombes est une pratique récurrente au Gabon. Elle servirait à alimenter des guérisseurs traditionnels.

Neuf trafiquants de crânes et d’ossements humains ont été arrêtés lundi à Libreville. Les restes humains alimentaient essentiellement un réseau de guérisseurs traditionnels, adeptes du rituel bwiti. Le trafic leur rapportait entre 100 000 et 300 000 francs CFA (150 euros et 450 euros) par « produit » vendu depuis quatre ans. « Ils (les clients) font des initiations avec ces ossements, ils soignent les gens avec ça, ils font aussi des consultations avec… », a affirmé le cerveau du réseau, selon le site Gabonecoco.
La plupart des ossements proviennent des tombes profanées dans les cimetières de Libreville, la capitale gabonaise, et des alentours.

La profanation de tombeaux est devenue une pratique récurrente au Gabon. Le 2 juillet, dans une autre affaire, c’est un guérisseur pratiquant le rituel bwiti [[Le Bwiti est un rite initiatique et ésotérique traditionnellement réservé aux hommes. C’est une science ancestrale dont la base réside dans l’absorption d’une plante, l’Iboga. Elle est appelée « arbre de la connaissance ». Ses multiples vertus permettraient de révéler tous les mystères de l’existence, de l’univers.]] qui a été arrêté. Il transportait un crâne humain, celui de sa grand-mère, a-t-il assuré. Il devait lui servir à soigner ses patients. De même, il y a un an, les tombes de la ville étaient si souvent profanées que l’ancien maire de Libreville avait fait évacuer le quartier d’Ambowe, près de l’un des principaux cimetières de la capitale gabonaise. Il pensait alors que les actes de délinquance étaient le fait des populations riveraines. Mais le maire Alexandre Ayo Barro s’était trompé de cible. Les profanateurs sont organisés en réseaux et se sont attaquées à un autre cimetière de la ville, celui de Mindoubé. Les malfrats récupèrent les restes humains et les confient à des receleurs, souvent eux-mêmes adeptes du bwiti. Ces derniers les revendent à des guérisseurs traditionnels.

Entre délinquance et pratiques occultes

Ces arrestations risquent de porter de nouveau préjudice à la médecine traditionnelle, exercée par les maîtres bwitistes. Elle est déjà controversée par les adeptes de la médecine moderne. Pourtant, de très nombreux gabonais assistent chaque week-end à des cérémonies Bwiti. Danse, chants traditionnels mais aussi thérapie dispensée par le « ganga », dans laquelle il n’est officiellement pas question de restes humains, mais de la connaissance des plantes. « Le Bwiti enseigne comme une université, l’université de la forêt. Le cursus est très rigoureux, codifié, avec des échelons précis à respecter. On ne devient pas « ganga » en quinze jours. Cela demande une grande rigueur et beaucoup d’efforts personnels. Les étapes sont nombreuses et un « ganga » ne peut devenir lui-même un initiateur qu’avec l’aval de ses professeurs. Les contrôles sont permanents, exactement comme l’ordre des médecins surveille le respect des règles », explique Mallendi, un maître guérisseur bwitiste sur le site Nouvelles clés.

Les guérisseurs mis en cause dans cette affaire sont accusés de charlatanisme. Contrairement aux médecins traditionnels, eux aussi souvent considérés comme des charlatans ou des sorciers, ils ne posent pas de diagnostic mais fabriquent les médicaments et soignent seulement des symptômes. L’un d’eux n’est autre que le musicien Ondeno Rebieno, célèbre dans son pays. C’est l’arrestation de trois personnes en possession de plusieurs crânes et ossements humains qui est à l’origine du démantèlement du réseau. Les aveux des trois profanateurs ont permis l’arrestation de six receleurs. Les neufs membres du réseau sont inculpés de violation de sépultures, profanation de cadavres, pour les uns, et de recel d’ossements humains, et de charlatanisme pour les autres.

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