Gabon : un an après son élection, le bilan en demi-teinte d’Oligui Nguema


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Brice Oligui Nguema, Président du Gabon
Brice Oligui Nguema, Président du Gabon

Élu le 12 avril 2025 avec 94,85 % des suffrages et investi le 3 mai, Brice Clotaire Oligui Nguema vient de boucler sa première année à la tête d’un Gabon post-Bongo. Entre réintégration diplomatique, budget record et restauration constitutionnelle, le bilan affiche des avancées réelles. Mais l’arrestation récente de son principal opposant et la lenteur des effets sociaux rappellent que ni le putsch d’août 2023 ni l’onction des urnes n’ont effacé les pesanteurs du système.

Un plébiscite que la légitimité électorale ne suffit pas à dissoudre

Les chiffres sont sans appel. Validés le 25 avril 2025 par la Cour constitutionnelle, les résultats définitifs créditent Brice Clotaire Oligui Nguema de 588 074 voix, soit 94,85 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation de 70,11 %. Un score qui, selon la juridiction elle-même, n’a d’équivalent dans l’histoire électorale gabonaise qu’au temps des scrutins à candidat unique d’Omar Bongo Ondimba, en 1973, 1979 et 1986.

L’épisode des résultats provisoires reste une cicatrice. Annoncé à 90,35 % par le ministre de l’Intérieur Hermann Immongault le 13 avril, le score d’Oligui Nguema a été révisé à la hausse cinq jours plus tard, le ministre invoquant un écart de 4,82 % entre suffrages exprimés et voix attribuées, présenté comme une erreur de calcul. Pour les opposants, cet ajustement post-scrutin a alimenté le soupçon. Pour l’exécutif, il s’agit d’un simple correctif technique.

Au-delà de la querelle des chiffres, le score plébiscitaire dit moins l’adhésion au projet présidentiel qu’il ne reflète l’effacement quasi total de la concurrence. En effet, la campagne a duré quelques semaines, et les sept adversaires de l’ancien chef de la Garde républicaine sont restés invisibles dans l’espace médiatique. Le principal d’entre eux, l’ex-Premier ministre d’Ali Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze, n’a recueilli que 3,11 % des voix.

Économie : souveraineté pétrolière affichée, diversification en attente

Sur le terrain économique, deux décisions structurent l’année. La reprise par la Gabon Oil Company des actifs d’Assala Energy en 2024 inscrit Libreville dans la même logique de reprise en main des ressources que Dakar avec Petrosen ou Brazzaville avec la SNPC. La mise en production du champ pétrolier de Ngongui en avril 2026, mise en avant par le gouvernement comme illustration de la souveraineté nationale, prolonge cette ligne.

Le budget 2025, arrêté à 7 200 milliards de francs CFA, est présenté comme un record. Les chantiers de réhabilitation routière à Libreville, dans l’Estuaire, le Haut-Ogooué et le Moyen-Ogooué, donnent une visibilité concrète à cette ambition. Le chef de l’État a également annoncé l’ajout de 475 mégawatts grâce aux centrales à gaz et au barrage de Kinguélé Aval, ainsi que la mise en service de nouvelles infrastructures d’eau potable à Libreville.

Le décalage avec le quotidien des Gabonais reste pourtant marqué. Le chômage des jeunes demeure structurellement élevé dans un pays qui concentre l’essentiel de ses recettes sur la rente pétrolière et forestière. La réouverture des concours de la fonction publique, agitée comme mesure sociale d’urgence, ne diversifie pas la base économique. Sur le terrain, les préoccupations restent les mêmes : eau, électricité, emploi, coût de la vie.

Institutions restaurées, opposition sous tension

La séquence institutionnelle est, sur le papier, la plus aboutie. Référendum constitutionnel en novembre 2024, élection présidentielle en avril 2025, législatives et sénatoriales dans la foulée, mise en place d’un Parlement bicaméral, renouvellement de la Cour constitutionnelle, réintégration à l’Union africaine après suspension : la check-list de la normalisation post-coup d’État est cochée. La formation, le 1er janvier 2026, du gouvernement Oligui Nguema II, avec Hermann Immongault à la vice-présidence et Alexandre Barro Chambrier comme figure de poids, marque la fin formelle de la transition.

Palais des congrès Omar-Bongo-Ondimba
Palais des congrès Omar-Bongo-Ondimba

L’inauguration le 3 mai 2026 de la Cité de la Démocratie, et de son Palais des congrès Omar-Bongo-Ondimba, donne à cette refondation un décor symbolique. Mais le test des libertés publiques s’est durci ces dernières semaines. Alain-Claude Bilie-By-Nze a été placé en garde à vue le 16 avril 2026, puis sous mandat de dépôt, son avocate dénonçant une procédure « disproportionnée ». Pour un régime qui revendique la rupture avec les pratiques de la dynastie Bongo, le traitement réservé à l’ancien chef de l’opposition électorale constitue un marqueur lourd. Ainsi, il interroge la marge d’autonomie réelle d’un appareil judiciaire et législatif encore jeune face à un exécutif dont l’origine militaire pèse, même habillée de costume civil.

Une diplomatie d’équilibre dans un environnement fracturé

Libreville a choisi une trajectoire à rebours du Sahel. Pas de rupture avec Paris, pas de pivot vers Moscou. La relation avec la France se poursuit. Mais les coopérations avec Luanda, Dakar et d’autres capitales du continent se renforcent.

Le risque immédiat n’est pas celui d’une déstabilisation car Oligui Nguema contrôle l’appareil sécuritaire et conserve un capital politique réel. Le risque tient à la capacité de l’exécutif à transformer petit à petit les annonces en résultats mesurables. Cela concerne d’abord l’emploi, le coût de la vie mais aussi la lutte contre la corruption. L’année 2026 a été décrétée par le président lui-même celle de la « rigueur, de la vérité et des résultats ». Le slogan vaut désormais cahier des charges.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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