Gabon : rien ne va plus à l’Université Omar Bongo

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Depuis lundi, les étudiants de l’université Omar Bongo (UOB) de Libreville et les policiers se livrent à une véritable guérilla. Jets je pierres, coups de tirs nourris dans l’air, course-poursuite dans les rues de Libreville et utilisation de gaz lacrymogène, pour contenir les étudiants en colère. Voilà ce qui caractérise la situation dans cet établissement depuis le début de la semaine.

(De notre correspondant à Libreville)

L’université Omar Bongo est en proie à l’une des crises les plus violentes de son histoire. Depuis le début de l’année académique 2013-2014, le climat dans cet établissement est constamment morose. Les étudiants sont dans la rue. Ils réclament le paiement des bourses et l’harmonisation dans l’application du système LMD, ainsi que l’amélioration de leurs conditions d’études.

Il y a une semaine, trois étudiants ont été exclus de l’établissement, notamment Nnang Mezui Anatol, Mba Som Yves et Mezo Jacques Chirac, à
l’issue d’un conseil de discipline extraordinaire. L’institution rectorale croyait apporter la sérénité au sein du campus en sanctionnant les trois apprenants. C’était une erreur fatale. Ces exclusions n’ont fait que pourrir davantage la situation. D’ailleurs, la réhabilitation des étudiants susmentionnés est actuellement la principale revendication de l’ensemble de la corporation estudiantine. « Nous ne pouvons pas accepter que nos camarades soient exclus de l’université pour avoir exprimé leur opinion ou pour avoir manifesté leur colère face à une situation d’injustice » , a expliqué le jeune Murphy.

Depuis lundi, les éléments des forces de l’ordre tentent de contenir les manifestations de rue des étudiants. Surtout que ces derniers sèment le désordre et la désolation dans les rues de la capitale gabonaise, obstruant parfois la circulation pendant plusieurs heures. Au quartier Nkembo par exemple, les commerçants n’ont pas la vie facile depuis le début des manifestations. Ils ferment leurs magasins constamment de peur d’être vandalisés par les apprenants en courroux.

Mercredi, la colère est montée d’un cran à l’UOB. Les étudiants en colère, dans leur mouvement de revendication, n’ont pas tolérés d’être bousculés par les éléments des forces de l’ordre. Il s’en est suivi des échauffourées. La répression des soldats a été forte. Au campus les apprenants racontent : « Les militaires ont défoncé les portes de nos chambres. Lesquelles ont été saccagées à coups de matraque et de gaz lacrymogène. Plusieurs ordinateurs ont été subtilisés et des ventilateurs cassés ».

Que cherchaient les éléments des forces de l’ordre dans les chambres des étudiants ? Un responsable administratif de l’établissement tente de répondre : « lorsque les étudiants lancent les cailloux aux policiers, c’est dans les chambres qu’ils se réfugient. C’est notamment pour cette raison qu’il y a eu une opération coup de poing au campus ».

« L’intimité des étudiants doit être protégée. Mais j’appelle ces derniers à plus de responsabilité. Certes ils vivent mal. Mais cela ne justifie pas les actes de vandalisme qu’ils posent. Nous sommes dans un Etat de droit et les problèmes peuvent être réglés sans violence. Nous devons travailler davantage pour améliorer les conditions de vie des apprenants. C’est la mission qui nous a été confiée par les plus hautes autorités du pays », a déclaré Robert Ndjila, directeur du Centre des œuvres universitaires (CNOU), après la visite du campus, où il est allé toucher du doigt les dégâts causés par les éléments des forces de l’ordre.

Certains apprenants ont consacré leur soirée de mercredi à la réparation des portes des chambres et à remettre un peu d’ordre dans leur milieu de vie. Les étudiants ne décolèrent pas. Ils promettent de lutter jusqu’à la victoire. Sur les pancartes de fortune qu’ils ont érigées, on peut lire : « Hasta la victoria », en clair, « Jusqu’à la victoire ».