
Le lieutenant Kelly Ondo Obiang, meneur du putsch manqué contre Ali Bongo, le 7 janvier 2019, a été libéré ce samedi après six ans de détention. Un geste qui ne doit rien au hasard : il est intervenu le jour même de la célébration du deuxième anniversaire du coup d’État du général Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais président de la République. Cette décision porte la marque d’une stratégie politique visant à façonner la mémoire collective des coups d’État et à consolider le nouveau pouvoir.
Le lieutenant Kelly Ondo Obiang, connu pour avoir mené la tentative de coup d’État contre l’ancien Président Ali Bongo Ondimba, le 7 janvier 2019, a retrouvé la liberté, ce jour. Sa libération, fruit d’une loi d’amnistie récemment adoptée, coïncide symboliquement avec la célébration du deuxième anniversaire du coup d’État du général Brice Clotaire Oligui Nguema, devenu président après avoir renversé Ali Bongo le 30 août 2023.
Une libération symbolique, au service d’un récit politique
Kelly Ondo, escorté hors de la prison centrale de Libreville tout de blanc vêtu, a remercié ses soutiens et honoré la mémoire de ses camarades tombés en 2019. Mais au-delà de l’émotion personnelle, sa libération a un poids symbolique. Elle survient dans un contexte où l’État gabonais a décidé, par une loi d’amnistie votée le 12 août dernier, de pardonner tous les auteurs de coups d’État.
En procédant à cette amnistie, le régime Oligui Nguema ne cherche pas seulement à tourner la page des violences passées. Il inscrit son propre coup d’État dans une continuité historique, légitimant l’idée que les mutineries, même avortées, s’inscrivent dans une logique de « libération nationale ». Kelly Ondo, longtemps moqué pour avoir mené « le coup d’État le plus rapide du monde », est ainsi réhabilité par l’État, ce qui contribue à renforcer le récit officiel : l’armée serait le moteur de la souveraineté gabonaise.
Le coup d’État devenu fête nationale
Le 30 août, date du renversement d’Ali Bongo en 2023, devient désormais une fête nationale chômée et payée. En instaurant la « fête de la libération », le Président Oligui Nguema transforme un acte anticonstitutionnel en socle de légitimité politique. La grande parade militaire de Tchibanga, présidée ce samedi, illustre cette volonté de sacraliser l’armée comme garante de l’État.
« Le pays est en chantier. Il souffle un vent de liberté », s’est félicitée Laurence Ndong, ministre porte-parole du gouvernement, en vantant un bilan « largement positif » : une nouvelle Constitution adoptée par référendum, une Présidentielle sans violences, des projets routiers, de logements sociaux et la création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale. Ce discours met en avant l’image d’un régime bâtisseur, en rupture avec les excès de la famille Bongo.
Les critiques de l’opposition
L’opposition, elle, ne se laisse pas convaincre par ce récit. Alain Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre et arrivé deuxième à la dernière Présidentielle, dresse un constat sévère : « Deux ans après son coup d’État, le système qu’il avait prétendu renverser est en place. Seuls Ali Bongo et sa famille ont disparu de la scène. La promesse de restaurer les institutions n’a pas porté ses fruits ».
Pour lui, la « fête de la libération » et la libération de Kelly Ondo ne masquent pas les failles politiques, institutionnelles et économiques persistantes. Autrement dit, le Gabon de 2025 reste prisonnier de logiques autoritaires, malgré les apparences de rupture.