Gabon : épidémie de diabète

Le Gabon suit la tendance mondiale en matière de diabète. Les cas ne cessent d’augmenter à une vitesse inquiétante. Le Centre hospitalier de Libreville, qui enregistrait près de 2 300 cas il y a quatre ou cinq ans, en compte maintenant 6 000. La sédentarisation et la dégradation de l’hygiène de vie sont mises en cause par plusieurs spécialistes.

Le diabète n’est pas un mal à prendre à la légère. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a très clairement spécifié : cette maladie, qui se caractérise par un excès permanent de sucre dans le sang, est la cinquième cause de mortalité dans le monde. Derrière les maladies infectieuses, les pathologies cardiovasculaires, les cancers et les accidents. Une maladie qui touche actuellement quelque 194 millions de personnes dans le monde. Un chiffre qui, selon l’OMS, pourrait doubler d’ici 25 ans. Les pays les plus touchés sont les pays développés, où certains parlent d’épidémie. Mais l’Afrique a également son lot de malades. Comme le Gabon, où les chiffres ont doublé en près de cinq ans.

« L’urbanisation galopante » incriminée

« En 2001, selon nos dernières statistiques, nous avons recensé 2 274 cas de diabète. La majorité des malades se trouve dans la tranche 15-54 ans, où l’on compte 1 540 malades, dont neufs sont morts. Dans les 54 ans et plus, nous avons répertorié 522 cas, dont l’un s’est révélé fatal », explique-t-on au ministère de la Santé publique et de la population. « Maintenant, nous en comptons environ 6 000, surtout des adultes. Ce chiffre vaut pour le Centre hospitalier de Libreville (CHL), le seul du pays à avoir un centre spécialisé. D’où le fait que beaucoup de patients nous soient référés partout sur le territoire », précise le Dr Epigat, chef du service d’endocrinologie au CHL. « Nous avons mené quelques campagnes de dépistage dans trois des provinces du pays. Trois dans la capitale Libreville (où les trois-quarts de la population gabonaise sont concentrés) et ses environs, une à Port-Gentil et une à Lambaréné. Les échantillons sur lesquels nous avons travaillé indiquent que 2% des gens étaient diabétiques », ajoute le spécialiste.

Comment ce pays d’1,3 million d’habitants en est arrivé là ? Le Dr Epigat estime que le phénomène a commencé il y a entre 10 et 15 ans. Pour lui, comme pour d’autres spécialistes, c’est l’urbanisation qui en est la cause. « Je pense que le facteur numéro un de l’augmentation du diabète est l’urbanisation galopante, souligne-t-il. Beaucoup de gens ont abandonné le mode de vie traditionnel, avec le travail aux champs notamment. Ils mangent plus raffiné, sont plus sédentaires, se déplacent en voiture… Ces facteurs couplés avec le risque génétique participe à multiplier les cas de diabète. »

Peu d’efforts dans l’hygiène de vie

Les patients qui arrivent souvent en consultation avec une complication due au diabète (infection, gangrène…). Une maladie qu’ils ne sont, pour certains, pas conscients d’avoir. Ils apprennent donc la nouvelle après des examens. « Quant à ceux qui ne ressentent pas de gêne parce que leur glycémie est légère, ils consultent en externe chez des généralistes ». Ce qui peut laisser penser que l’estimation des malades est peut-être encore plus importante.

Pour éviter les conséquences fâcheuses du diabète, il est recommandé, en plus du suivi du traitement, d’avoir une alimentation équilibrée et d’avoir une activité physique régulière. Le problème qu’a noté Afrique Centrale.info, est que si l’on fait quelques efforts côté nourriture, côté sport, ce n’est pas ça. Interrogé par ce site d’information, le diabétologue Eric Bayle, travaillant au CHL, explique que ce sont surtout « des raisons esthétiques et culturelles qui sont un frein à la prise en charge du diabète, l’embonpoint étant un signe de bonne santé et que l’on a pas le sida ». Quant au traitement, il se révèle trop cher pour certains malades, qui se tournent vers la médecine traditionnelle. Parfois avec des conséquences désastreuses. « Une simple plaie au pied traitée avec des herbes chez le médecin traditionnel, le nganga, peut entraîner chez un diabétique l’amputation », indique Afrique Centrale.info.

Concernant la prévention, rien de brillant. « Il y a un réel travail d’éducation à faire, car beaucoup de choses qui sont dites sont loin de refléter la réalité, précise le Dr Epigat. Certains pensent que l’on devient diabétique parce que l’on mange trop de sucre, d’autres que c’est leur conjoint(e) qui leur a transmis la maladie… Nous sommes là pour rectifier le tir (…) Nous profitons de la Journée mondiale du diabète, qui a lieu tous les 14 novembre, pour lancer une campagne avec interventions médiatiques à l’appui », poursuit le docteur. Mieux que rien, mais pas assez. Car au fil des années les cas de diabète devraient encore s’accroître, ce qui faire de ce problème de santé publique un problème économique, puisque ce sont les forces vives de la nation qui sont les plus touchées.