Gabon : duel à la tête du patronat !

C’est une petite révolution dans le milieu feutré du capitalisme gabonais. Pour la première fois, le président de la puissante Confédération patronale gabonaise (CPG) sera désigné au terme d’une élection. Jean-Bernard Boumah, le directeur général exécutif du groupe Ceca Gadis, leader dans le secteur de la grande distribution, et Alain Ba Oumar, patron du premier fournisseur de services internet au Gabon, se sont tous deux portés candidats. Le scrutin se tiendra le vendredi 24 février.

Qui sera le patron des patrons gabonais ? Pour la première fois, la question sera tranchée au terme d’une élection. Le poste, en tout cas, fait des envieux. La confédération patronale gabonaise (CPG) est en effet, de loin, le plus puissant des syndicats patronaux au Gabon. Elle compte en son sein pas moins de 300 entreprises, qui génèrent près de 80 % du PIB national et emploient 90 % des salariés du privé dans le pays. Autrement dit, un véritable Etat dans l’Etat.

Cette première élection à la tête du patronat gabonais prendra la forme d’un duel entre deux hommes, au style et au parcours bien différents. Le favori du scrutin n’est autre que le président sortant, Jean-Bernard Boumah, patron du groupe CECA GADIS, très présent dans la grande distribution au Gabon. Il a pris les rênes de la CPG en septembre 2014, en remplacement de Madeleine Berre, alors nommée ministre du Commerce au sein du gouvernement.

Réputé pour son sens de la rigueur et son souci de l’efficacité, il est très apprécié de ses pairs comme des responsables syndicaux avec lesquels il est capable de dialoguer. « Avec fermeté certes, mais toujours avec diplomatie », observe ce dirigeant syndical qui l’a longtemps côtoyé. « Il a parfaitement su prendre le relais de Madeleine Berre à la tête de notre organisme », relève ce grand patron, membre de la CPG. « Jean-Bernard Boumah était attendu au tournant. Mais il n’a pas failli dans sa mission », conclut-il, se disant prêt à lui accorder à nouveau sa confiance.

Mais aujourd’hui, l’expérimenté patron de CECA GADIS entend aller plus loin et nourrit de grandes ambitions. Tant pour la CPG, dont il veut renforcer la représentativité, mais aussi l’efficacité et l’ancrage dans les provinces, que pour l’économie gabonaise qu’il entend dynamiser et diversifier en faisant de l’entreprise le moteur de la croissance. De l’avis des observateurs, les propositions qu’il porte sont à la fois « concrètes et pragmatiques ».

A l’occasion de ce scrutin, Jean-Bernard Boumah sera opposé à Alain Ba Oumar. Le patron de la société IG Telecom, un opérateur de télécommunication par satellite, fournisseur d’accès à la télévision, la radio et l’internet haut débit, est considéré comme le challenger. Il jouit en effet d’une notoriété et d’un entregent moins fort que ceux du président sortant de la CPG. Ce qui ne l’empêche pas de jouer crânement sa chance en faisant campagne sur le thème du renouveau.

Mais, pour cet autre grand patron gabonais, l’argument a parfois du mal à passer. Pourquoi ? « Parce que derrière la candidature d’Alain Ba Oumar, réputé proche de Maixent Accrombessi, plane la figure tutélaire de l’ex-patronne de la CPG, Madeleine Berre, mais aussi celle de Henri-Claude Oyima, le PDG de BGFI, qui fut lui aussi par le passé président de la CPG. En termes de renouveau, on a vu mieux », nous fait-il observer. D’autre part, avance-t-il, « Alain Ba Oumar est aujourd’hui empêtré dans l’affaire de La Poste SA qui entache l’image de probité qu’il a toujours cherché à cultiver » (lire à ce sujet l’article de Gabon Review : « La Poste SA : Les révélations tonitruantes d’Alfred Mabika »). L’heure d’Alain Ba Oumar pourrait donc ne pas avoir encore sonné.

Ce vendredi 24 février, le patron des patrons gabonais sera connu. Il aura la lourde charge de mener à bien plusieurs dossiers épineux : celui de l’unité patronale, de la stabilité fiscale, de la simplification administrative ou encore du règlement de la dette intérieure. Une charge rendue d’autant plus délicate que la croissance gabonaise, toujours pénalisée par des cours du pétrole historiquement bas, est moins vigoureuse qu’il y a quelques années.